Jean-Paul Delevoye, le Monsieur réforme des retraites, aborde cette semaine avec les syndicats le sujet ô combien sensible des départs anticipés dans le secteur public…

Vers un régime de retraite pas si universel
Vers un régime de retraite pas si universel © Getty / Westend61

Oui et coïncidence, c’est aussi en ce début de semaine que sont parues les statistiques de 2018, où l’on apprend que l’âge de départ à la retraite approche désormais 63 ans. 62 ans, huit mois et deux semaines, pour être précis. On était à 61 ans en 2007. L’âge de la retraite augmente inéluctablement. C’est le fruit des réformes précédentes, et selon le Conseil d’orientation des retraites, on sera à 64 ans d’ici à 2040. 

Mais attention, on parle ici des salariés du privé. Dans le secteur public, la situation reste très disparate. Vous avez d’un côté les fonctionnaires désignés, c’est pas très joli, sous le terme de « sédentaires », qui partent en moyenne à plus de 62 ans. Très proches du privé, donc. Et puis vous avez ceux classés en « catégorie active » - comme les policiers, les pompiers ou les aides-soignants – qui peuvent partir dès 57 ans parce que leur métier est à risque ou considéré comme pénible. En pratique, ils partent à un peu plus de 58 ans. Sans oublier la SNCF, où on en est à 53 ans en moyenne pour les conducteurs de train.

Alors comment faire converger toutes ces situations ? C’est le casse-tête que doit résoudre Jean-Paul Delevoye, qui se montre on ne peut plus prudent pour l’instant. En substance, il dit que le plus gros des réformes a déjà été fait pour les régimes spéciaux et qu’on pourra garder des départs anticipés dans le futur régime universel.

Il a raison ?

D’être prudent oui sans doute, mais si c’est pour aboutir au statut quo sous l’ombrelle du régime universel, la promesse de justice d’Emmanuel Macron ne sera pas tenue. On peut considérer que pour certaines fonctions de sécurité en particulier, il y a des raisons objectives de maintenir des départs anticipés. Mais la longue liste des dérogations doit se réduire, comme cela a été fait par le passé. Les instituteurs par exemple, catégorie active, ont été remplacés par des professeurs des écoles classés sédentaires. Même chose pour les infirmières. Avec aussi des progressions dans les carrières.

Surtout, la réforme doit être l’occasion de remettre à plat les dispositifs qui se sont accumulés. Je résume : on a les carrières actives, liées à un métier ou à un statut. On a les départs anticipés pour les salariés qui ont commencé à travailler très jeune. Et puis s’est ajouté récemment le compte pénibilité, qui permet aussi de partir jusqu’à deux ans plus tôt.

La logique d’un régime universel voudrait que l’on uniformise ces règles, en se basant sur les conditions objectives de travail, et non sur des statuts. Malheureusement, ce n’est pas ce qui se dessine.

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