Cette photographie, comme celles prises par d’autres associations, le Secours populaire, ATD-Quart monde, les Restos du cœur, a l’avantage d’être très concrète. Elle n’a pas la froideur des statistiques officielles et rend très perceptible, visible, la réalité de la pauvreté. Le Secours catholique, qui apporte des aides ponctuelles, pécuniaires, parfois alimentaires ou d’équipements ménagers tient à jour un extraordinaire échantillon : 630.000 personnes ont franchi les portes de ses permanences en 2008, et avec le conjoint éventuel et les enfants, cela fait une population de presque un million et demi de personnes. Bien sûr, cette population est parmi les plus en difficulté. C’est d’ailleurs un des points délicats sur ce sujet, même à évoquer. Statistiquement, 8 millions de personnes en France sont sous le seuil de pauvreté « officiel » selon les normes internationales : elles vivent avec moins de 900 euros par mois pour une personne seule, le double pour un couple avec deux jeunes enfants. Ces chiffres correspondent à 60% du revenu médian, celui qui sépare les Français en deux, ceux qui vivent avec plus et ceux avec moins, il est donc un peu abstrait alors que ces 8 millions de personnes ne sont pas dans la même situation. Alors, que dit cette photographie ?D’abord que le nombre de personnes rencontrées par le Secours catholique a augmenté de plus de 2% l’an dernier. Comme il dépend aussi du nombre de bénévoles, ce chiffre seul ne permet pas de conclure que la pauvreté a grimpé avec la crise. Mais il est évident que la situation s’est dégradée en 2009. La photographie nous dit surtout que ces personnes qui frappent à la porte de l’association vivent en moyenne avec 18 euros – 18 euros - par jour et par personne. Elle nous dit encore que la pauvreté se féminise d’année en année en France, les femmes, seules ou avec enfants, étant les premières touchées. Les travailleurs pauvres sont d’abord des travailleuses pauvres, à temps partiel ou intérimaires. Et la spirale d’exclusion est meurtrière : quand elles ont des enfants, il est souvent plus logique de vivre avec les minima sociaux qu’avec un temps partiel. Une photographie sombre…La France est un des pays qui a le plus de filets sociaux de sécurité : le RMI devenu le RSA, les aides au logement, les prestations familiales, les aides des centres d’action sociale etc etc. Et cela n’empêche que comme il y a quelques siècles, ce soit la charité privée qui doive intervenir, à la demande d’ailleurs souvent des services sociaux publics. Nicolas Sarkozy a promis en 2007 de diminuer de 30% le taux de pauvreté d’ici 2012, c’est-à-dire de 2,5 millions de personnes. Pour cela, Martin Hirsch a inventé le Revenu de solidarité active, RSA, qui complète les revenus de ceux qui ont un travail peu rémunéré. Mais cela ne change rien pour ceux qui n’ont pas d’emploi, qu’on retrouve au Secours catholique. Ceux-là, on risque de les oublier. Cet objectif de 30% est possible ?Avec la crise et le chômage, difficile. Mais on ne le saura pas en 2012. Parce qu’aujourd’hui, fin 2009, on ne connaît que les chiffres officiels de la pauvreté en… 2007. Les chiffres de 2012 ne seront donc disponibles qu’en… 2014.

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