Publication aujourd'hui du rapport Gallois sur la compétitivité de l'industrie. Quel est le principal enjeu de ce rapport ?

C'est sans doute la dernière chance pour François Hollande et son équipe de bâtir une stratégie économique gagnante pour la France. Dans cette histoire, Louis Gallois n'a pas grand-chose à perdre. Cet industriel de haut vol, aux convictions ancrées à gauche, devenu commissaire général à l'investissement, a 68 ans et presque plus rien à prouver. En revanche, le gouvernement s'est mis dans une posture beaucoup plus compliquée, où il doit répondre aux espoirs et aux angoisses des chefs d'entreprise, qui ne constituent évidemment pas sa base électorale mais sans lesquels il ne pourra pas réussir.

Pourquoi est-ce un moment si important pour le gouvernement ?

Je vous rappelle le déroulé du drame, ou de la comédie, à vous de juger.

Prologue : la campagne électorale où le candidat de gauche n'a pas été particulièrement tendre avec les entreprises et leurs dirigeants. Premier acte : l'affaire Peugeot en juillet. Fermeture d'usine, déclaration très agressive du ministre du redressement productif Arnaud Montebourg.

Puis intermède où le gouvernement a passé de la pommade aux patrons. Avant le deuxième acte : un coup de matraque fiscal, annoncé mais brutal et surtout maladroit, donnant notamment lieu à la fameuse révolte des pigeons. Jamais en trente ans de journalisme économique je n'ai vu une telle bronca, aussi générale, chez les chefs d'entreprise.

Nous voici donc cette semaine avec le troisième acte, en deux scènes principales: rapport Gallois aujourd'hui, puis décisions du gouvernement dès demain.

Comment ça va se passer ?

Comme la plupart des Français je n'ai pas encore lu le rapport Gallois, mais on peut faire confiance à son auteur pour y avoir mis l'essentiel : un effort d'innovation trop faible, des produits qui ne font pas assez la différence auprès du client, des grosses entreprises qui écrasent les petites, des problèmes de financement, des conseils d'administration trop étriqués, des lourdeurs administratives et puis bien sûr des coûts salariaux trop élevés.

Le gouvernement va essayer de retenir le maximum de propositions. Mais visiblement, il ne se donnera pas les moyens d'abaisser d'un coup les cotisations sociales qui surchargent les salaires en France plus que dans n'importe quel autre pays au monde. Le principal risque, c'est donc la déception des chefs d'entreprise, une troisième fois en six mois.

Mais pourquoi cette obsession des coûts salariaux ?

Pour une raison toute simple, que personne ne nie aujourd'hui : des dizaines de milliers d'entreprises françaises ont aujourd'hui un problème majeur de compétitivité. Même avec une pluie de milliards d'euros pour faire de la recherche, elles ne fabriqueront pas tout de suite des produits plus attirants, plus haut de gamme. Le seul levier qui leur redonnerait immédiatement des moyens d'investir et de préparer l'avenir alors que leurs marges sont au plus bas depuis vingt-cinq ans, c'est la diminution des coûts salariaux.

Comme je ne suis pas un partisan de la baisse des salaires, le seul autre moyen de faire diminuer ces coûts est la baisse des cotisations sociales. Ca suppose d'augmenter d'autres prélèvements comme la CSG ou la TVA. Le vrai débat est là, et on y reviendra tôt ou tard.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.