L'ex-patron de Renault-Nissan, réfugié au Liban après avoir fuit le Japon, donne sa version des faits. Il défend (sans révélation fracassante) sa thèse du complot pour l'écarter. Au-delà, on apprend certains coulisses sur le Renault de ces dernières années.

Carlos Ghosn, l’ancien patron de Renault-Nissan, publie aujourd'hui un livre, chez Grasset. Un livre rédigé avec le journaliste Philippe Ries. 

Sur 500 pages qui se lisent d’ailleurs bien, Carlos Ghosn raconte sa vérité sur les faits qui lui sont reprochés, sur ce qui lui est arrivé et sur son ex-vie de grand patron mondial. Il n’y a de révélation fracassante sur le complot dont il dit avoir été la victime (alors qu’il en avait promis), et chacun pense ce qu’il veut -généralement pas du bien- de sa personnalité, de ses revenus, de sa fuite au Liban pour se soustraire à la justice etc. Disons-le : l’opinion mondiale peut-être, et l’opinion française, ne lui sont pas favorables. 

Mais les Mémoires d’un homme longtemps à la tête d'un groupe qui a été le premier constructeur automobile mondial recèlent forcément des informations. 

1- Ainsi, le regard qu’il porte sur l’avenir de la voiture. Il ne croit pas un instant qu’elle va mourir, et pense qu’on va arriver assez vite au 100% électrique, avec des batteries recyclables. Son admiration est énorme pour les constructeurs allemands, beaucoup moins, sans surprise, pour l’avenir de Renault-Nissan : Jean-Dominique Senard et sa stratégie avec les Japonais en prennent pour leur grade - mais bon, le regard est orienté. Ghosn est bluffé par Tesla, dont la capitalisation en bourse pèse 55 fois celle Renault pour dix fois moins de voitures vendues ... ! 

2- Les dirigeants politiques, François Hollande et un peu Emmanuel Macron, mais surtout l’Etat actionnaire sont taclés. Les administrateurs de l’Etat au conseil de Renault, dit-il, n’ont jamais servi à rien, n’ont jamais donné d’idées, et c’est à cause des impôts trop élevés sur les entreprises que la France ne produit plus de voitures haut de gamme. 

Ghosn raconte aussi un épisode qui l’a marqué : l’inauguration de l’énorme usine Dacia de Tanger. Il y avait le roi du Maroc mais aucun officiel français, on était en pleine campagne de 2012 et personne ne voulait cautionner une délocalisation, qui en réalité ... n’en était pas une puisqu’aucune Dacia n’était fabriquée en France. 

Il n’est pas le seul à critiquer l’Etat, son prédécesseur, Louis Schweitzer, dit pour la première fois je pense publiquement que la fusion Renault-Volvo a échoué au tournant des années 2000, je le cite, à 95% à cause de l’Etat.

Mais il manque une information … ! On n’apprend rien sur son évasion du Japon en décembre dernier, de son voyage probable dans une malle – sujet qui a intéressé le monde entier y compris dans ce studio. 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Thèmes associés