Sur les retraites, une nouvelle phase s’ouvre aujourd’hui : certains syndicats annoncent un durcissement du mouvement (avec des grèves reconductibles) et le débat démarre au Sénat.

Les étapes des unes - les mobilisations syndicales - et de l’autre – la discussion parlementaire - devront bien sûr être suivies pas à pas. Mais il y a un autre phénomène qui mérite en ce moment réflexion : il concerne notre degré réel d’information sur les retraites. On ne peut qu’être frappé par le niveau d’attention, de sérieux et (au fond) de connaissances que nécessite la compréhension de ce projet de réforme – à cause de sa complexité -et le décalage avec la simplicité du débat public. En quelques mois, l’opinion, les responsables politiques, syndicaux, (mais aussi) les journalistes ont dû « avaler » (si on peut dire) des réalités et des concepts nouveaux. Disons-le, la majorité des Français ignoraient le taux plein, les durées d’annuité, les bonifications ou autres catégories actives de la fonction publique. Or, le débat public est forcément réducteur et la caricature menace sans cesse.

La réforme des retraites pour les nuls ?

Non ! Mais on peut donner deux exemples.

Le premier concerne le fameux passage de 65 à 67 ans de la pension à taux plein. En répétant cette expression, les syndicats donnent l’impression que ce que l’on perd, c’est une borne qui remet les compteurs à zéro pour ceux qui n’ont pas assez cotisé, qui fait récupérer les trimestres manquants. En fait, bien sûr, ce n’est pas le cas : ce sont seulement les pénalités (la décote) qui disparaissent. Au passage, on se demande combien de Français savent à combien se monte cette décote (1,25% par trimestre manquant). Bref, faire croire que des femmes (notamment) vont devoir travailler jusqu’à 67 ans est fallacieux (pour ne pas dire plus) puisque la majorité de celles qui liquident leur pension à 65 ans ne travaillent plus depuis longtemps. C’est une question de revenu, pas de travail.

Autre exemple, dans l’autre sens : le Gouvernement indique que cette réforme nous met dans la norme européenne. En réalité, le calendrier est plus rapide que partout ailleurs sauf pour les régimes spéciaux qui ont gagné une petite dizaine d’années de sursis. Mais le gouvernement, qui a cru éviter les troubles dans les transports, se garde de le rappeler. A chacun ses éléments de langage !

Tout cela est trop compliqué pour l’opinion ?

Pas du tout ! Mais il faut se méfier des apparences. Le problème est que les rappels à la réalité sont difficiles – des deux côtés – parce que nous sommes dans une société de défiance où la parole des experts est systématiquement mise en doute. On l’a vu la semaine dernière quand l’Insee a publié une étude montrant que non, les Français n’étaient pas de plus en plus pauvres. Son travail a été mis en doute ! Un rappel historique pour se méfier des caricatures. Il y a deux ans, le Parlement a repoussé à 70 ans l’âge maximal de départ en retraite. Il s’agissait d’interdire aux entreprises de faire partir quelqu’un à 65 ans. Mais souvenez-vous, le débat est parti sur l’idée que les salariés allaient devoir travailler jusqu’à 70 ans. C’était ridicule. Mais cela a laissé des traces. La seule solution est donc d’aller à la source, de piocher les informations, d’être besogneux, bref aussi de se faire son opinion soi même.

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