Dominique, vous connaissez la date de la prochaine crise financière et économique. On vous écoute.

Je vais surtout citer le pronostic de celui qui avait prédit la crise de 2008, c’est un économiste américain très célèbre qui s’appelle Nouriel Roubini. Dès septembre 2006, il avait décrit assez précisément lors d’une conférence au Fonds monétaire international ce qui allait se passer deux ans plus tard – et ce qui s’est effectivement passé. 

Depuis, il a une espèce d’aura dans le monde entier et évidemment on l’écoute. Eh bien, depuis quelques jours, il publie des articles dans la presse mondiale, dont Les Echos en France, pour annoncer que la prochaine crise et la prochaine récession auront lieu en … 2020. Tenez-vous prêts, attachez vos ceintures. 

Pourquoi ? Roubini liste cinq ingrédients plus ou moins techniques mais que l’on peut résumer facilement. Le prix du pétrole va remonter, la Chine ralentit, les politiques budgétaires sont épuisées et les politiques monétaires ne pourront pas jouer les amortisseurs comme cela a été le cas il y a dix ans. Tous les acteurs économiques sont hyper-endettés et il y a des bulles financières partout. Bref, « on est mal » pour parler comme on parle sur d’autres radios que France Inter. 

Alors, une fois que l’on a dit toutes ces joyeusetés, faut-il croire Roubini ? C’est sûr qu’il est foncièrement pessimiste et que s’il avait prévu 2008 puis la crise européenne de 2012, il s’est aussi trompé. Il avait juré que l’euro serait mort en 2013. Donc, on n’est pas obligé de croire à ce qu’il nous annonce pour 2020. On ne l’appelle pas pour rien Dr Doom, docteur catastrophe.  

Mais … ? … mais il faut reconnaître que si on ne sait à quel moment le cocktail peut exploser, les ingrédients décrits par Roubini sont bel et bien là. On l’a souvent dit ici, dix ans après la Grande Récession, des airbags ont été installés dans le système financier, une pluie monétaire s’est littéralement déversée sur le monde avec des taux d’intérêt ultra-bas et les Etats se sont endettés partout (sauf en Allemagne). 

Mais on n’a pas reconstruit le système comme il avait été reconstruit après 1945 avec des nouvelles institutions et deux priorités : la reconstruction et l’enrichissement des classes moyennes. Le populisme se nourrit avec gourmandise de cette paresse – ou inconscience. 

Le pire est-il certain ? Non, mais il faut admettre qu’il serait risqué de jouer gros contre les prévisions de Roubini.

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  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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