La France conservera, même après l'autorisation temporaire redonnée aux néonicoltinoïdes, la position sans doute la plus stricte en Europe. Le plus frappant est de constater combien le monde agricole a perdu la bataille culturelle.

Champ de betteraves
Champ de betteraves © Getty / Sergey Ryumin

Les députés discuteront aujourd’hui de la réutilisation des néonicotinoïdes pour la culture de la betterave. Une culture touchée la maladie de la jaunisse, autrement dit des pucerons, avec des rendements et des revenus en baisse. On va revenir sur la betterave, mais ce qui frappe d’abord, c’est combien les agriculteurs en général ont perdu la bataille culturelle

Les restaurants et bars ferment, émoi général. Des usines ferment, le pays s’inquiète. Voit-on un soutien pour les dizaines de milliers d’emplois des betteraviers, la récolte de blé catastrophique des céréaliers, les revenus des éleveurs de porcs ? Non, ils sont accusés. 

Il y a trente ans, agriculture signifiait campagne qui signifiait environnement. Aujourd’hui, beaucoup de citadins voient l’agriculture comme orthogonale à l’écologie. Elle est associée aux pesticides et au mal-être animal. 

Que s’est-il passé ? 

Les agriculteurs sont à la fois coupables et victimes, mais la vérité est que toute la société leur a demandé une chose : produire à bas coût et vendre à bas prix. La part de l’alimentation issue de la ferme dans le budget des ménages a continument diminué, pour faire de la place aux produits alimentaires transformés, aux équipements du foyer, à l’immobilier, aux financements sociaux, etc. 

Finalement, le bilan environnemental n’est pas bon et le bilan économique non plus, parce que d’autres pays européens sont allés et vont encore plus loin dans cette direction des prix bas. Résultat : nous importons un tiers des légumes que nous consommons, trois quarts des fruits et la moitié des volailles. L’agriculture ne s’en sortira que si tous nous acceptons de dépenser plus pour nous nourrir et si l’agriculture se voit comme une ferme ET comme un acteur de toutes les santés. 

Bon, mais et les betteraves ? 

La jaunisse de la betterave est responsable de la baisse des rendements et des revenus - elle n'est pas la seule : la sécheresse et la baisse des prix mondiaux jouent aussi. Il n’y a pas d’alternative technique immédiatement applicable aux néonicotinoïdes, la députée Delphine Batho, très impliquée dans ce combat pour défendre la biodiversité, demande surtout une indemnisation à 100% des betteraviers. 

Mais le risque est que plus personne ne veuille faire de la betterave dans un an alors qu’on en consommera encore dans un an. La France est actuellement le 1er producteur et le 1er exportateur européen. 

La France est allée plus loin que les autres pays européens dans l’interdiction des néonicotinoïdes en général (92% ont été abandonnés, selon Julien Denormandie, ministre de l'agriculture) et 14 pays sur 19 pays producteurs de betterave en Europe en utilisent encore. Même avec la dérogation temporaire discutée aujourd’hui, la France restera plus drastique. 

Bref, une exception exceptionnelle (si on peut dire) ne mérite pas, je crois, une excommunication.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter