La Bourse de Paris a chuté encore de près de 4% vendredi, surtout les valeurs bancaires, et on sent un climat d’une grande fébrilité dans l’économie. Que se passe-t-il ?

La situation est aussi délicate à comprendre qu’une machine de Jean Tinguely, vous savez cet artiste suisse qui a créé des sculptures modernes à partir d’engrenages, de tuyaux de récupération, de roues, de pistons, qui, ensemble, produisent un mouvement. Chaque pièce a une utilité mais le fonctionnement général nous échappe. Pour revenir à l’économie, disons qu’il y a aujourd’hui une grande question et un sentiment. La question qui agite les milieux économiques, c’est : trois ans après la faillite de la banque Lehman Brothers, assistons-nous au début d’un engrenage du même ordre qu’en 2007-2008 ? C’est assez angoissant. Le sentiment, plus diffus mais pas plus rassurant, est que les autorités publiques, politiques, monétaires, ne savent plus quoi faire...

La certitude, c’est que l’économie ralentit...

Il y a un ralentissement général, auquel en France, on ne prend pas garde parce que les résultats des entreprises du CAC 40 sont excellents. Un chiffre publié vendredi l’illustre : l’économie américaine n’a créé aucun emploi en août, c’est cela qui a stressé les marchés. En Europe, la croissance ralentit aussi et la méfiance recommence à l’emporter sur la confiance. Les banques hésitent à se prêter entre elles, à cause de la Grèce mais pas seulement, et elles s’inquiètent de leurs bilans, d’où la question : la finance préfigure-t-elle ce qui va se passer dans l’économie réelle (des entreprises), comme il y a trois ans ? Va-t-on vers la récession ? Mais avec des Etats hyper-endettés et des déséquilibres économiques qui ne résorbent pas.

Mais la différence avec 2007-2008, c’est que les gouvernements ont l’air impuissant ?

Ils sont tous nus. Pour éviter l’abîme il y a trois ans, ils ont lâché l’artillerie lourde, artillerie budgétaire et monétaire. Aujourd’hui, ils n’ont plus rien en caisse et la planche à billets, aux Etats-Unis, n’a pas vraiment marché – ce qui n’empêchera pas la Réserve fédérale de recommencer. En fait, ils hésitent sur ce qu’il faut faire. Depuis un an, la reprise était assez forte pour supporter de l’austérité budgétaire. Hier, Christine Lagarde, du FMI, a demandé aux Etats-Unis et à l’Europe, parce que (je la cite) la situation a changé, de lâcher un peu sur la rigueur, et de faire de la relance. Elle vise l’Allemagne, mais invite aussi la Banque centrale européenne à ne pas augmenter les taux d’intérêt jeudi. Bref, c’est le brouillard complet. Et en Europe, la Grèce s’enfonce. Au total, les gouvernements paient cash leur irresponsabilité depuis dix ans.

Et en France, on parle de quoi ?

Obnubilée par la présidentielle, la classe politique française est sur un nuage et discute de la TVA sur les parcs de loisirs, une mesure à 90 millions d’euros. Sans commentaire.

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