Hier, le patron des patrons allemands a tiré à boulets rouges sur le système économique français. Question : en a-t-il le droit ?

Je cite Hans-Peter Keitel, président de la Fédération allemande de l’industrie : « Il faut que la France change très vite d’orientation car l’écart entre les deux pays s’accroît ». Et de tacler un modèle (je recite) « organisé sur la base d’un interventionnisme de l’Etat là où la croissance allemande s’appuie sur les entreprises ». Fin de citation. Ce dirigeant a-t-il le droit de dire ce qu’il veut ? Honnêtement, ça énerve et le réflexe est de se dire : de quoi je me mêle ? En fait, oui, évidemment, il a le droit. Christine Lagarde, à Bercy, avait critiqué l’Allemagne, critiques qui avaient fait la Une de la presse anglo-saxonne, ravie de ces bisbilles. Les socialistes ne se sont pas privés non plus de fustiger l’égoïsme de Berlin. Donc, oui, ce M. Keitel a le droit.

Des critiques sur la France, il y en aura d’autres…

D’abord, il y en a déjà eu d’autres. En août, Nikolaus von Bomhard, patron de Munich Re, le premier réassureur mondial, s’est inquiété de ce qui se passe en France. Pour lui on y parle trop d’impôts, pas assez d’économies dans les dépenses. Et je peux vous dire que l’on parlera bientôt du nouveau livre de la correspondante à Paris de l’hebdomadaire The Economist , Sophie Pedder. Il sort le 12 septembre, il est intitulé : Le Déni français - et sous-titré : Les derniers enfants gâtés de l’Europe. Ce magazine est libéral mais il est fréquentable pour les Français puisqu’il soutient Obama contre Mitt Romney !

Mais sur le fond, la critique allemande - l’écart qui s’accroît - est-elle fondée ?

Regardons les chiffres. Entre 2008 et la fin de cette année, l’Allemagne aura connu une croissance de 4% ; la France, de moins de 1%. Taux de chômage : 5,5% chez eux, 10% et plus ici. Certes l’Allemagne ralentit aussi. Mais les réactions sont différentes. Ici, l’Etat est appelé en pompier sur tout, Pôle Emploi est débordé et l’été a été dominé par les coups de sang d’Arnaud Montebourg contre PSA. Outre-Rhin, c’est le chômage partiel qui est privilégié pour que les salariés restent en lien avec l’entreprise. Et Merkel vient d’emmener 9 de ses 14 ministres en Chine pour chercher des marchés. Ce qui frappe à comparer les deux pays, c’est que ici les réformes se font lentement, qu’elles sont limitées, et toujours dans la douleur. Partout ailleurs, ça va plus vite – Suède, Allemagne donc, aujourd’hui Italie.

Berlin est donc sans reproche ?

Non ! Economiquement, c’est comme aux JO, on ne peut pas demander aux champions, de ralentir pour que les autres pays la rattrapent. En plus, ce n’est pas Berlin qui a demandé l’euro. C’est la France. En revanche, sur le plan politique, Angela Merkel et la Bundesbank ont fait preuve depuis trois ans d’un grand conservatisme, d’une grande lenteur, sur ce qu’il faut faire pour préserver l’euro : rôle de la BCE, ce qu’il faut demander par exemple à l’Espagne sur ses déficits. Oui, la France a un gros travail à faire, mais l’Allemagne aussi. La contrepartie de sa force économique doit être sa flexibilité politique. Voilà la réponse à M. Keitel.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.