Les principales puissances économiques sont réunies depuis hier à Hangzhou, en Chine, pour leur G20 annuel. Et ce G20 s’est ouvert par une révolution intellectuelle...

Oui, et cette révolution intellectuelle, c’est un appel à relancer les dépenses publiques, lancé par les organismes qui réfléchissent sur l’économie mondiale. Ces tous derniers jours, le Fonds monétaire international et l’OCDE, deux institutions libérales, disent : la croissance est trop faiblarde aux Etats-Unis, et en Europe, et en Amérique latine, on ne sait plus comment faire, la politique monétaire a donné tout ce qu’elle a pu. Donc il faut relancer l’investissement, notamment public, et donc accroître les dépenses publiques. Evidemment, c’est surprenant ce retour au keynésianisme dans leur bouche. Ils ont plutôt eu l’habitude ces dernières années d’appeler au sérieux budgétaire.

Qu’est-ce qui explique ce virage ?

Deux choses. Un : les taux d’intérêt auxquels empruntent les Etats sont quasi-nuls aujourd’hui grâce aux banques centrales. Quand on emprunte à zéro %, cela veut dire que vous n’aurez à rembourser que ce que vous avez emprunté, c’est tentant. Deux : plus fondamentalement, cela traduit un désarroi sur ce qu’il faut faire pour avoir de la croissance, de l’emploi et du bien-être dans les économies développées. Les révolutions technologiques n’ont pas l’air de produire d’activité en plus, la colère des peuples se manifeste à beaucoup d’élections, bref c’est le grand flou.

Ce changement de pied est-il justifié ?

Les économistes hétérodoxes se frottent les mains : on vous l’avait bien dit, la rigueur budgétaire ne marche pas. En réalité, comme souvent, il faut sans doute se méfier des discours globaux, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. Oui, l’Allemagne, dont la situation financière est dans le vert mais a des routes et des ponts en mauvais état pourrait dépenser plus ; mais si le Portugal et l’Espagne ont dû serrer les comptes, c’est que personne ne voulait il y a quatre ou cinq ans leur prêter un seul euro. Quant à la France, elle a déjà les dépenses publiques les plus élevées d’Europe, une dette à 100% qui ne produit pas de miracle et sera remboursée par la génération suivante. La question clé, c’est davantage le contenu des dépenses que leur niveau. Le vrai investissement, oui, les dépenses courantes improductives qui arrosent le sable, non. La mauvaise dépense chasse trop souvent la bonne.

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