L'édito éco de jean-Marc Vittori, du quotidien "Les Echos". La polémique sur les bonus est repartie de plus belle hier avec la révélation d’une provision d’un milliard d’euros constitué par BNP Paribas pour ses primes 2009. Ces bonus sont-ils aberrants ? Sur le plan moral, des bonus à plusieurs millions d’euros me paraissent parfaitement amoraux. Et c’est encore pire si cet argent vient des contribuables qui ont sauvé des banques en faillite, si la TVA payée par Mme Michu en achetant sa baguette part dans le portefeuille d’un trader qui va ainsi pouvoir s’acheter sa troisième Porsche. Mais cette chronique s’appelle " L’économie aujourd’hui " et pas " La morale du jour ". Je vais donc vous parler économie. Commençons par le plus simple : pourquoi y a-t-il des bonus ? Pour inciter les salariés à rapporter davantage d’argent à l’entreprise. Ca marche comme ça dans toutes les fonctions commerciales de tous les secteurs. Et puis les bonus servent aussi à retenir les bons éléments et les empêcher de passer à la concurrence. Mais pourquoi les bonus sont-ils si élevés dans la finance ? Tout simplement parce que les commerciaux, ou les " traders ", comme on dit en anglais, font apparemment gagner énormément d’argent à leurs employeurs. Alors que le vendeur de photocopieurs place des machines à 1.000 ou 2.000 euros, les vendeurs de titres financiers fait des transactions en dizaines ou en centaines de millions. Ca fait vite de sacrées marges. Le problème qui a longtemps été oublié, c’est qu’il y a des risques associés avec ces marges. Quand le vendeur de photocopieurs a trouvé un client, son employeur risque tout au plus de ne pas être payé. Dans la finance, une transaction peut déboucher dans un premier temps sur une marge d’un million d’euros, mais au final se solder par une perte cent fois plus élevée. Et entre temps, le trader a touché sa commission. Le bonus a fonctionné comme une incitation à prendre trop de risques. Cette mécanique a été au cœur de l’effondrement de l’an dernier. Et là, le problème n’est pas seulement moral, il est aussi économique. Il n’y a qu’à interdire les bonus ! Eh bien ici ça se complique. D’abord, les dirigeants des banques n’ont aucune envie de les supprimer, car leurs actionnaires exigent d’eux le plus de profits le plus vite possible. Ensuite, si la France interdit les bonus toute seule, elle condamne les salles de marché à déménager pour Londres. Ca serait stupide. Une grande banque parisienne a ainsi perdu récemment certains de ses meilleurs traders, attirés par un concurrent européen qui les a attirés en leur offrant des trucs insensés : un million d’euros comme cadeau de bienvenue et des bonus garantis. Il faut donc agir à l’échelon international. Exactement. Il y a deux ans, dans la haute finance internationale, celui qui se risquait à parler des bonus passait pour un farfelu. Aujourd’hui, l’idée progresse. Elle fait partie des discussions du G20, hier à Londres et demain à Pittsburgh. Et les banquiers tentent de repenser leurs systèmes de bonus. Il y a cependant des gens qui résistent très fort, parce qu’ils risquent de gagner beaucoup moins d’argent. Un peu en France bien sûr, mais surtout aux Etats-Unis. Tous les délires de mégabonus ont eu lieu là-bas. On a d’ailleurs appris hier que la banque d’affaires Goldman Sachs allait sans doute faire l’objet d’une enquête du gendarme des marchés financiers sur ce point précis. Pour avancer durablement et en profondeur sur la question des bonus, c’est comme pour les paradis fiscaux. Il faut une détermination politique forte partagée par tous les grands pays. Je terminerai par un mot qui nous ramène à la morale : On en est encore loin - hélas.

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