Aux Etats-Unis, l'industrie embauche. C'est ce que montre les chiffres de l'emploi publiés vendredi. Alors question simple : comment font les Américains ? En juillet, les usines américaines ont recruté 25.000 salariés et ça s'inscrit dans une tendance de fond. : l'industrie revient aux Etats-Unis. La reprise de la croissance après le grand plongeon de 2009 a d'ailleurs été tirée par l'industrie. Ce basculement inédit s'explique par deux grandes raisons. D'abord, alors qu'il y a eu beaucoup d'augmentations de salaires dans des pays comme la Chine, il s'est passé l'inverse aux Etats-Unis. Avec la montée du chômage, les entreprises ont payé leurs nouveaux employés beaucoup moins cher - alors qu'en France il y a une forte résistance des salaires, pas tant à cause de la puissance des syndicats que des lois qui encadrent strictement les baisses de salaires. Et puis dans certains secteurs comme l'automobile, les entreprises américaines ont licencié massivement leurs salariés expérimentés pour les remplacer par des jeunes moins bien payés, avec une couverture sociale moins avantageuse. Tout ça ne fait pas un modèle très excitant. La seconde raison du renouveau industrielle aux Etats-Unis est-elle plus tentante ? Tentante je ne sais pas, mais originale sûrement. Jugez-en vous par vous-même : c'est tout simplement le formidable essor du gaz de schiste. Ce gaz, les Américains ont décidé de se le garder pour eux. Et comme ils en font beaucoup, le gaz coûte désormais aux industriels implantés aux Etats-Unis deux à trois fois moins cher qu'en Europe ou au Japon. Ca ne change pas grand-chose pour un fabricant de chaussures qui n'a pas besoin de beaucoup d'énergie. Mais pour les chimistes qui en consomment d'énormes quantités, c'est très important. La chimie américaine connaît en ce moment une véritable renaissance. Au point d'inquiéter les producteurs allemands. Le BDI, qui est un peu le Medef de l'industrie allemande, a tiré la sonnette d'alarme à Berlin, en expliquant que les Américains profitent d'une énergie beaucoup moins coûteuse alors que les fabricants allemands vont payer la leur plus cher avec la sortie prévue du nucléaire. Si je comprends bien ce que vous nous dites, pour faire revenir l'industrie en France, il faudrait écraser les salaires et couvrir le pays de centrales nucléaires et de puits de gaz de schiste ? Non, on n'est pas forcé de copier ce que font les Américains. Mais si on veut préserver voire renforcer l'industrie en France, il faudra clairement développer des atouts qui nous manquent aujourd'hui. Il y a deux grandes directions. La première consiste à améliorer les produits, en travaillant à la fois sur la qualité et l'innovation. C'est un travail de longue haleine, mais la France l'a fait à plusieurs reprises et elle a des dizaines de champions mondiaux qui montrent que c'est encore possible. La deuxième direction, ça consiste à réduire les coûts. Ca peut se faire par une dévaluation de la monnaie – mais cette voie est aujourd'hui fermée pour la zone euro, même si la monnaie unique a perdu 15% face au dollar en un an, ce qui n'est pas négligeable. Ca peut se faire par une baisse des prix de l'énergie mais comme la France refuse le gaz de schiste et hésite sur le nucléaire, il faudra trouver autre chose. Reste alors, encore une fois, les salaires... Attendez, vous oubliez les impôts sur les entreprises. Ils sont très lourds en France. Et puis on peut baisser les coûts salariaux sans baisser les salaires eux-mêmes, en réduisant les cotisations sociales et en trouvant d'autres sources de financement. Un grand débat a d'ailleurs lieu actuellement sur la baisse des cotisations retraite. Mais comme c'est étrange : ça ne se passe pas chez nous, mais en Allemagne.

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