L'éditoEco de Jean-Marc Vittori, du quotidien Les Echos

L’Egypte veut construire un nouveau canal de Suez. Pourquoi ce projet ?

C’est la même raison qu’il y a un siècle et demi, quand le Français Ferdinand de Lesseps s’était lancé dans l’aventure pharaonique du premier canal de Suez : gagner du temps.

Le canal actuel est déjà une autoroute de la mondialisation. Près de 10% des échanges mondiaux passent par ce fil d’eau de près de 200 kilomètres de long. Mais c’est une autoroute à sens unique. Impossible de se croiser. Circulation alternée, comme sur une route en travaux ou un chemin de fer corse.

L’Egypte veut donc élargir le canal là où c’est nécessaire. Et là où c’est impossible, elle creusera un deuxième canal à côté. Finie l’attente à Port Saïd ou Suez où les navires pouvaient perdre facile une demi-journée.

Les échanges entre l’Asie et l’Europe seront donc plus faciles, plus rapides…

Oui, bien sûr, mais pas seulement. Une autre grande route du commerce pourrait aussi en profiter : celle qui relie l’Asie à la côte Est des Etats-unis.

Regardez votre globe terrestre. Aujourd’hui, les marchandises qui vont de Shanghai à New York traversent le Pacifique avant d’être convoyées en train ou de passer par le canal de Panama, qui est justement en travaux pour permettre le passage de plus gros navires.

Demain, il sera peut-être plus avantageux de voyager au contraire par l’ouest, via le canal de Suez, la Méditerranée puis l’Atlantique. Avant peut-être que la fonte des glaces provoquées par le réchauffement climatique n’ouvre une nouvelle voie, au nord, à travers l’Arctique.

Mais les travaux égyptiens vont coûter très cher. Qui va payer ?

Oui, vous avez raison, ceci est un édito éco, revenons sur terre.

Les autorités égyptiennes ont parlé hier de 4 milliards de dollars de travaux. ce qui est finalement raisonnable – c’est moins cher qu’une centrale nucléaire, et beaucoup moins qu’une usine fabriquant des puces électroniques de dernière génération. Même si la note finale risque d’être sensiblement plus élevée, comme souvent dans les gros chantiers.

Cette facture sera répercutée sur les usagers du canal, les armateurs. Le passage d’un porte-conteneurs par le canal leur coûte déjà 500.000 dollars – rien à voir avec le péage de Saint-Arnoult ou de Lançon-de-Provence, comme le remarque mon collègue Claude. Ils devront payer plus pour passer plus vite. Ce qui promet des discussions serrées, car les armateurs peuvent toujours faire circuler les navires par le cap de Bonne-Espérance, au sud de l’Afrique, en rallongeant leur route de 3.000 kilomètres.

Que retenez-vous de cette histoire ?

Trois points, très simples.

D’abord, la mondialisation, ce n’est pas seulement un concept abstrait, c’est d’abord des échanges, du transport, et ce transport est d’abord maritime.

Ensuite, les routes maritimes, qui sont au cœur de la mondialisation depuis maintenant un demi-millénaire, peuvent encore changer. Elles ne sont pas figées.

Enfin, ces routes sont en concurrence, et cette concurrence pousse à l’investissement. En France, on a parfois tendance à l’oublier.

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