Vous arrivez avec une bonne nouvelle, ce matin, la croissance est de retour en Europe

Oui, elle devrait atteindre cette année 1,5% et on espère un peu plus en 2016. Ce n’est pas le retour des trente glorieuses, ni même la croissance un peu artificielle des années 2000. Mais après cinq longues années d’une crise calamiteuse, les ménages ressortent leurs cartes de crédit, les entreprises leurs carnets de commande et les exportations décollent, dopées par un euro faible. Bref on pourrait presque parler de lendemains qui chantent à nouveau.

- Sauf que le chômage lui ne se résorbe pas, en tout cas pas assez.

Non il reste élevé, au dessus de 11% de la population active dans la zone euro alors qu’il était sous la barre des 8% en 2007 avant la crise.

Et beaucoup d’économistes s’inquiètent de voir que non seulement cette reprise ne se transforme pas en emplois mais qu’en plus le chômage de longue durée augmente. C’est le cas de la France.

- Il y a tout de même dans la zone euro des pays qui s’en tirent bien mieux que nous, l’Allemagne, pour ne citer qu’elle …

Oui c’est vrai le chômage n’est pas une fatalité. Dans toute l’Europe, c’est en Allemagne que le chômage est le plus bas 4,7%. On trouve ensuite le RU (5,6%) et l’Autriche (6%).

Mais attention, cette belle performance est une sorte de trompe-l’œil. Ce plein emploi n’empêche pas l’Allemagne d’avoir un taux de pauvreté supérieur à celui de la France.

- Comment expliquez vous cela ?

Parce que ces pays privilégient les emplois qu’on appelle « non conventionnels » ou atypiques, c’est à dire le travail à temps partiel , les emplois temporaires type CDD ou encore l’intérim et les travailleurs indépendants. Eh bien ce sont ces emplois qui font reculer le chômage. Leur nombre a augmenté presque partout en Europe, et notamment en Allemagne où ils représentent 39% du total des emplois.

Et ce sont les jeunes les premiers concernés …

Oui. Dans l’ensemble de la zone euro, la part des 15-24 ans qui occupent des emplois temporaires atteint le chiffre record de 52,4%. On a tous en tête ces jeunes qui doivent cumuler deux ou trois mini—jobs pour survivre.

Et rendez-vous compte qu’en France, les contrats en CDI ne représentent plus que 16% des nouvelles embauches .

Le problème c’est que ces contrats ne se transforment plus forcément en CDI , comme c’était le cas avant . En France et en Espagne, un CDD sur 5 seulement se transforme en contrat à durée indéterminée dans les trois ans.

- Vous voulez dire qu’on a plus le choix qu’entre la peste du chômage ou le choléra de la précarité ?

Oui, on est obligé de constater que les pays qui ont cru bon de flexibiliser leur marché du travail pour lutter contre le chômage l’ont fait au prix de la précarité.

Et que ceux qui, comme la France, n’ont pas ouvertement choisi cette politique se voient accusés de cultiver une préférence pour le chômage.

Est ce vraiment le cas et sinon quel prix est-on prêt à payer pour créer des emplois ? Ca sera forcément un des débats de 2017. A condition que, pour une fois, on ose mettre les problèmes sur la table et qu’on n’aie pas peur d’expliquer aux Français ce qui les attend.

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