Le Premier ministre Jean Castex a annoncé hier 76 millions d’aides supplémentaires pour les viticulteurs français. Et ce qui frappe, c’est le montant.

Le saupoudrage de l'exécutif pour les viticulteurs et l'aide à domicile
Le saupoudrage de l'exécutif pour les viticulteurs et l'aide à domicile © AFP / LUDOVIC MARIN / POOL

Soyons généreux, arrondissons ces 76 millions à 80 millions. Et 80 millions, ça rappelle quelque chose : c’est le montant débloqué avant-hier par Emmanuel Macron pour la prime qui sera versée aux aides à domicile des seniors.

Il y a trois mois, le chef de l’Etat et le Premier ministre annonçait des plans chiffrés en dizaines de milliards d’euros. Depuis, ils sont passés aux dizaines de millions. Soit une division des dépenses par mille.

Autrement dit, l'exécutif est passé du macromanagement du pays lors d’une crise historique au micromanagement de professions meurtries. 

Qu’est-ce qui explique ce glissement ? 

D’abord, c’est un peu normal : on commence toujours un grand chantier par le gros-œuvre, puis on fait les finitions.

Ensuite, nous sommes au cœur de l’été. Le gouvernement veut montrer qu’il est toujours dans l’action, mais sans se risquer à faire dans le grandiose.

Enfin, les caisses de l’Etat sont plus vides que vides après les efforts nécessaires du printemps.

Mais les annonces de ces derniers jours m’ont rappelé une précédente enfilade de petites mesures, annoncées aussi par les deux têtes de l’Etat. C’était fin 2006.

Or ce n’était pas une période de grand dynamisme. Jacques Chirac était affaibli par son AVC, son Premier ministre Dominique de Villepin avait été carbonisé par l’échec de son CPE (le contrat première embauche), et nous étions à six mois de l’élection présidentielle.

Là, il reste encore près de deux ans.

Il va donc falloir changer de braquet… 

Oui, ce n’est pas parce que le mot « ministre » commence par le préfixe « mini » qu’il faut se résoudre à une politique du minuscule. Même si c’est parfois la pente naturelle des technocrates qu’ont été dans leur jeunesse Macron et Castex.

A vrai dire, le changement de braquet est déjà programmé. Il prendra la forme du plan de relance qui sera annoncé à la fin du mois, et qui constitue le gros devoir de vacances du ministre de l’Economie Bruno Le Maire.

Ce n’est pas une question de millions ou de milliards, ou pas seulement. C’est aussi une question de souffle et d’ambition, encore plus nécessaires dans la crise que nous traversons.

Angela Merkel en Allemagne et Donald Trump aux Etats-Unis ont annoncé, dans des styles très différents, des projets très importants. La France ne devra pas rater cette étape essentielle.
 

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