L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». _____ Possible bonne nouvelle : le secteur automobile a peut-être touché le fond. Peut-être… Ce sont, comme dans d’autres secteurs, des tous petits signes, même pas une éclaircie, sûrement pas le printemps, mais quand même des éléments à regarder. Le premier signe, c’est que la Bourse croit au rebond du secteur automobile. En un mois, les cours des constructeurs ont regagné pas loin de 40%, deux fois plus que l’ensemble des actions. Par exemple, l’action Renault a doublé, Fiat a grimpé de 88%, Mazda, Nissan, Ford et d’autres aussi ont fait un beau parcours. Ce retournement s’explique par l’amélioration des prévisions, la banque Crédit suisse invite ainsi les investisseurs à racheter des actions du secteur. Mais le point essentiel, c’est que ça s’appuie sur une réalité concrète : dans un certain nombre de pays, les ventes de voitures neuves ont arrêté de reculer. En mars, elles ont stagné en Italie, augmenté de plus de 8% en France et, de… 40% en Allemagne. Qu’est ce qui explique cela ? Le premier facteur auquel on pense, c’est qu’on ne peut descendre indéfiniment et qu’on finit par toucher le fond de la piscine. Nous sommes peut-être au « point bas » des ventes de voitures. Le plongeon a commencé quand les particuliers n’ont plus trouvé de crédit pour acheter une voiture, ils ont recours au crédit dans deux cas sur trois. Première hypothèse, le crédit va mieux. Mais le point clé de ce qui se passe actuellement, ce sont les aides des gouvernements. En France, c’est connu. En Allemagne, c’est moins connu, il y a eu un débat énorme ce week-end pour savoir s’il faut maintenir la prime au niveau existant de 2.500 euros pour l’achat d’une voiture neuve, en France la prime est de 1.000 euros. Le succès est tel chez nos voisins que le gouvernement est totalement paniqué : le dispositif va lui coûter au minimum 5 milliards d’euros. Angela Merkel a d’abord pensé diviser par deux la prime, mais le tollé est tel qu’elle est obligé de la maintenir. Le Japon aussi vient de prendre des décisions. C’est un pays où les ventes de voiture ont aussi baissé de 25%. Le gouvernement s’apprête aussi à lancer une prime à la casse. Et puis, depuis le 1er avril, les voitures électriques et hybrides, il y a la Prius de Toyota mais aussi la nouvelle Insight de Honda, ces voitures sont dispensées de la plupart des taxes qui s’appliquent aux voitures. Le but, c’est surtout de baisser au maximum le prix des voitures électriques, les études montrent que les consommateurs sont prêts à payer le double du prix d’un véhicule thermique compte tenu des économies sur les carburants. Alors est-ce que tout ça va faire redémarrer le marché automobile ? Il faut être extrêmement prudent en fait. D’abord parce qu’au moment où les primes à la casse s’arrêtent, généralement, le marché s’effondre, on l’a vu en 1995. Ensuite, le problème structurel est toujours là. Les usines sont dimensionnées, dans le monde, pour fabriquer 90 millions de voitures et on en vendra au maximum 60 millions cette année. Les surcapacités restent le point central. Donc, pas d’enthousiasme trop rapide. Il y a un équilibre à trouver… y compris pour les médias. On les accuse souvent d’avoir accentué la crise. En réalité, ils ne l’amplifient pas, ils la rendent seulement visible et comme elle est multiforme et mondiale, elle est plus visible que toutes les autres. Mais il ne s’agit pas de faire naître maintenant de faux espoirs. C’est toute la difficulté.

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