Le groupe Renault-Nissan va se rapprocher du groupe allemand Daimler, propriétaire de Mercedes et de Smart.Le groupe franco-japonais va réunir son conseil d’administration sur ce sujet dans une heure et le projet sera annoncé demain à Bruxelles – en territoire « neutre », c’est-à-dire ni en France ni en Allemagne. Daimler a déjà donné son accord la semaine dernière, tout comme le gouvernement français, qui est le premier actionnaire de Renault. L’idée est de nouer une alliance dans deux domaines. D’abord, celui des petites voitures. Une plate-forme commune, en clair un châssis, sera développé et pourra être installé, à terme, sur plus de 350.000 voitures par an. Les usines françaises et allemandes ne seront pas déplacées, chacun restera chez soi, mais ce châssis franco-allemand servira à la future Twingo de 3ème génération et à de nouvelles Smart. Dans le domaine des moteurs, une coopération va être nouée aussi. Pour sceller cette alliance, les deux groupes automobiles vont échanger environ 3% de capital. Voilà pour le schéma. Quel est l’objectif de cette alliance ?Il est très pragmatique : réduire les coûts de développement dans les petites voitures et les moteurs. Daimler perd beaucoup d’argent, à la fois avec les Smart et les Classe A et B. Avec Mercedes, il est bien placé dans le haut de gamme mais manque de chance, les grands marchés que sont les pays émergents veulent eux aussi des petites voitures. A l’inverse, Mercedes apportera à Renault-Nissan son savoir faire dans les moteurs hybrides. Le but, au fond, est que Renault gagne plus d’argent sur la Twingo et que Daimler en perde moins sur les Smart. Bref, chacun y trouve son intérêt et Renault ne manquera pas de dire que cet accord lui ouvrira les portes de l’Allemagne et va préserver et créer des emplois en France, notamment à Cléon (en Normandie) et Maubeuge. Du coup, le groupe s’appellera bientôt Renault-Nissan-Daimler ?Non, et c’est là le plus intéressant de cette opération. C’est un mariage sur la pointe des pieds, chacun se méfie. Il y a eu tant d’échecs dans les grandes stratégies d’alliances ces dernières années que la prudence est de mise. Chaque constructeur sait qu’il doit grandir, mais que c’est extrêmement risqué, donc il y va doucement. Renault a le souvenir de sa négociation ratée avec Volvo et sait qu’avec Nissan ça n’est pas facile tous les jours. De son côté, Daimler s’est marié à Hyundaï, avec Mitsubishi et a racheté Chrysler- et tout çà s’est mal fini. Là, si on veut, c’est un mariage de raison, pas vraiment un coup de foudre, d’ailleurs Daimler a d’abord essayé de convoler avec son compatriote BMW. Cet accord, c’est un objet hybride entre une fusion et une alliance, ou un mariage à l’essai, on verra plus tard si cela se conclut par un divorce ou un vrai mariage. Une bonne opération au total ?Comme c’est l’alliance des contraires, de la carpe et du lapin, au moins, les deux constructeurs complémentaires ne se marcheront pas sur les pieds. A noter aussi que les initiatives industrielles franco-allemandes sont rares en dehors d’EADS- Airbus : elle est donc symbolique. A noter aussi qu’indirectement, l’Etat français se retrouve actionnaire d’un géant allemand, on imagine que ce dernier a dû hésiter. A noter enfin que cette alliance ne suffira pas à elle seule à enrayer les fortes pertes de Renault mais que le groupe PSA apparaîtra ce soir, lui, très isolé. Dominique Seux sera ce soir, aux côtés d’Alain Bédouet pour « Le téléphone sonne », à 19h20… Thème de l’émission : Un an après le G20 de Londres, où en est l’économie mondiale ? Les promesses de moralisation ont-elles été tenues ?

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