Pôle Emploi a publié hier ses prévisions sur l’évolution du nombre de chômeurs cette année (- 55.000). Mais c’est un autre chiffre qui a retenu notre attention : près de 4 entreprises sur 10 ont du mal à recruter.

Cette information a priori invraisemblable quand on connaît le nombre de chômeurs, est le résultat de la grande enquête annuelle de Pôle Emploi. La principale conclusion de ce sondage sur les "besoins en main d’œuvre" est que les entreprises veulent embaucher 1,5 millions de personnes. Mais, en effet, un autre élément est plus intéressant : presque quatre employeurs sur dix (38%) considèrent qu’ils auront des difficultés à trouver la perle rare. Si on calcule, cela fait 600.000 emplois concernés, c’est énorme ! C’est surtout vrai dans la construction (plus d’une embauche sur deux est délicate), l’immobilier, mais pas vrai du tout dans les assurances. Dans le détail, c’est une liste à la Prévert : les difficultés sont les plus fortes pour trouver des aides à domicile, des cuisiniers, des infirmiers, des responsables informatiques et des serveurs de café... A l’inverse, rien de plus facile que de trouver un caissier, une secrétaire, un manutentionnaire ou un... artiste (paraît-il, selon Pôle emploi) !

Alors, comment s’expliquent ces difficultés ? D’abord, une précaution de langage. Craindre d’avoir du mal à trouver la bonne personne pour le bon poste, ce n’est pas forcément avoir réellement du mal à la trouver. Cela dit, les employeurs avancent deux explications, évidentes. Les candidats qui se présentent n’ont pas le bon profil, manquent d’expérience, de diplôme, de motivation. Ou il n’y a carrément aucun candidat. En revanche, les entreprises citent moins, c’est normal, le caractère pénible du travail. Ce n’est pas un scoop de constater que les métiers manuels, le BTP, l’hôtellerie restauration, attirent peu. Que disent les économistes ? Il y a deux écoles. L’école « sociale » relève que si certains métiers n’attirent pas, c’est qu’ils ne sont pas attirants en termes de salaires et de conditions de travail. Les formations ne sont pas non plus adaptées au marché du travail.

Et que disent les économistes libéraux ? Ils regardent la durée –jusqu’à deux ou trois ans– et le niveau d’indemnisation du chômage, qui ne sont pas forcément généreux, aux yeux des bénéficiaires, mais qui le sont généralement plus qu’ailleurs. Un facteur qui n’inciterait pas à reprendre un travail, en tout cas à tout prix. Attention, cette thèse ne vise pas seulement les salariés au bas de l’échelle. On le sait peu mais la France est le pays qui indemnise le mieux les cadres, jusqu’à 6.000 euros par mois, trois fois plus qu’en Allemagne, six fois plus qu’en Italie. Voilà pour les arguments.

Y a-t-il une vérité ? Difficile à dire ! Au-delà du fait que Pôle Emploi est débordé, il y a une rigidité partagée : les salariés ont parfois du mal à être mobiles, à changer de secteur, de région ; les employeurs, eux, refusent souvent d’embaucher des candidats qui n’ont pas pile poil les diplômes pour le poste. C’est la culture du parchemin. C’est facile de renvoyer tout le monde dos-à-dos, mais il y a des deux côtés un manque de prise de risque. Pourtant, le seul vrai risque est que sur les quatre employeurs sur dix qui ont du mal à embaucher, certains renoncent.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.