Un bras de fer oppose cette semaine le Nord et le Sud de l’Europe pour financer la crise : les Allemands font un pas, mais jugé trop timide. Ils dépensent moins et luttent apparemment mieux contre le virus.

Ce bras de fer est public. Hier, le premier ministre espagnol a réclamé dans la presse allemande une vraie solidarité financière. Son gouvernement résume : soit le virus tue l’Europe, soit l’Europe tue le virus. 

Ce matin, dans quatre journaux sud-européens, les pays buveurs de vin, dont Les Echos ici, les ministres allemands des finances font un pas en avant vers la solidarité. Mais un pas encore jugé insuffisant à Paris. 

Dans ce bras de fer, le langage n’est plus diplomatique : le premier ministre portugais estime ainsi (je le cite) « répugnante » l’attitude des Pays-Bas. 

Voilà le paysage, mais de quoi s’agit-il ?

La crise sanitaire va coûter cher à tout le monde, pour la santé et pour l’économie – beaucoup d’entreprises sont à l’arrêt et ne distribuent plus de revenus. Chaque Etat va donc payer. Mais à quel taux va-t-il emprunter aux marchés financiers, aux épargnants ? C’est la question. Par exemple, l’Italie très endettée craint d’être étranglée. 

Les instruments déjà existants seront utilisés

  • La Banque centrale européenne a mis un pare-feu pour éviter la spéculation contre l’euro. 
  • Bruxelles va mettre au pot. 
  • Le Mécanisme européen de stabilité, 400 milliards, va prêter sans condition (c’est l’avancée du jour de Berlin) de l’argent que chaque Etat devra rembourser. 

Mais Paris et les autres pays du Sud veulent plus : un mécanisme de transfert. On emprunte tous ensemble, on rembourse tous ensemble, même si les dépenses ne concernent pas tout le monde. C’est la mutualisation des dettes, le vieux rêve français, cela s’appelait les euro-obligations il y a dix ans, les corona-bonds la semaine dernière et un fonds spécifique aujourd’hui -idée de Bruno Le Maire.

Un consensus peut-il émerger ?

Ce sera au mieux un compromis. 

-D’un côté, l’Europe du Sud demande au Nord de renvoyer l’ascenseur : l’euro vous a profité, votre sérieux budgétaire va nous permettre tous d’emprunter pas cher, sinon de toutes façons l’économie européenne va plonger et vous y perdrez aussi. Tout cela sonne juste, avec un zeste de chantage. 

-Mais de leur côté les Allemands disent sans le dire ouvertement : on connaît la chanson et on vous rappelle qu’en dépit de notre fameuse austérité budgétaire, pour l’instant notre système de santé semble donner de bons résultats. Solidarité oui, mais pas chéquier ouvert. 

Voilà. On en est là, mais au total quand même cela avance dans le bon sens.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.