Vous revenez sur le compromis franco-allemand et sur les développements de cette nuit. Qui a gagné ? L’Europe a-t-elle gagné ?

L’accord, tout d’abord. Je crois que cette fois, oui, il y a du solide : l’accord est plus conséquent que prévu. Ce qui est nouveau, politiquement et outre les sanctions, c’est l’institution d’un réel gouvernement de l’euro, avec réunion chaque mois des 17 chefs d’Etats. Berlin refusait çà depuis 15 ans. Certes, ce saut est seulement budgétaire, disciplinaire, il n’est ni fiscal ni économique ; On a le bâton, pas la carotte. Mais c’est structurant. Reste une question : est-ce LA solution à la crise ? Non, c’est surtout, à court terme, un pas en avant pour permettre à la Banque centrale européenne de desserrer le frein, de se décoincer pour soutenir les pays en difficulté et la croissance - avec baisse des taux d’intérêt et rachat de dettes.

Et d’ici l’intervention de la BCE ?

D’ici là, on reste sur le fil du rasoir : Herman Von Rompuy, hier, redisait déjà que la survie de l’euro est en jeu. Il a raison. Et puis patatras, la mise sous surveillance par Standard & Poors, tard cette nuit, de 15 pays euro, dont les six pays triple A (donc l’Allemagne et la France) accentue la pression avant le sommet européen. S & P explique sa décision par - on va le dire comme çà - la pagaille européenne. Pour la petite histoire, l’Elysée a été prévenu dans la matinée d’hier, avant la rencontre Sarkozy-Merkel. Le gouvernement se console en se disant qu’il vaut mieux être dégradé avec l’Allemagne que tout seul. Mais cela va relancer le débat sur le rôle des agences puisque le seul grand pays qui reste intouchable est la Grande-Bretagne, dont les déficits sont pourtant énormes.

Au-delà, on se pose la question : qui a gagné, Paris ou Berlin ?

Disons que Berlin a obtenu une modification des Traités, des sanctions quasi-automatiques pour les pays dont les budgets dérapent et le renvoi aux calendes grecques (si on peut dire) des euro-obligations. De son côté, Paris a réussi à enterrer l’idée de faire participer les créanciers privés en dehors de la Grèce – c’est technique mais absolument essentiel parce que c’est ce qui a semé la panique depuis la rentrée –. Comme Nicolas Sarkozy le voulait, la Cour européenne de Justice ne sera l’arbitre suprême. Sur la règle d’or, Paris et Berlin y trouvent chacun leur compte, Berlin sur le fond, Paris sur la tactique vis-à-vis de François Hollande.

Maintenant, qui a perdu ?

Là, c’est plus simple. La commission de Bruxelles et le Parlement européen, qui ont été à peine mentionnés hier ; et il y a, aussi, les autres pays de la zone euro, qui peuvent légitimement s’énerver de la façon dont le couple franco-allemand se comporte vis-à-vis d’eux. On verra si c’est le prix de l’efficacité.

Pour finir, un clin d’œil…

Un joli mot d’un économiste, sur l’attaque inopportune d’Arnaud Montebourg contre Angela Merkel qui mène, je cite : « une politique à la Bismarck ». Il fallait entendre : Bis-mark, en deux mots, la crainte du retour du mark. Lacan, quand tu nous tiens !

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