Sur Florange, la question de ce matin : François Hollande assume-t-il ?

Il y avait quelque chose de troublant à regarder Jean-Marc Ayrault au journal de 20 heures de France 2. En direct de Matignon, entendant mal David Pujadas qui a, semble-t-il, abrégé l’interview, il était là pour un seul sujet, Florange. Au passage, c’est rare qu’un Premier ministre doive s’expliquer sur un seul site d’une seule entreprise ! Les syndicats sortaient de son bureau et on voyait que cela s’était mal passé. Plus tôt, Arnaud Montebourg avait été applaudi par les députés socialistes. Bref, l’impression flottait hier soir que courageusement, Jean-Marc Ayrault était là pour faire le boulot difficile tandis que François Hollande est resté silencieux depuis vendredi. Comme si le chef de l’Etat n’assumait pas.

N’assumait pas quoi ?

N’assumait pas la décision sur Florange et n’assume pas la nouvelle politique économique. Sur Florange, les choses sont simples. Hollande, comme Sarkozy avant lui, s’est fait piéger par la fausse, la trompeuse équation « Florange = hauts fourneaux ». Trompeuse, parce que les fourneaux représentent une petite partie de l’activité du site. Mais ils se sont enfermés dans ce piège, alors que c’est près des points d’arrivée du minerai, les ports, que les fourneaux ont de l’avenir. Le problème est que c’est le président lui-même qui a parlé de nationalisation (pas Ayrault), qu’il a laissé parler Arnaud Montebourg, et qu’il laisse le Premier ministre corriger le tir face aux salariés floués. La lecture de l’accord avec Mittal montre l’écart entre les promesses viriles d’avant et ce qui a été obtenu. Le silence de l’Elysée est un aveu.

Cela créé une incertitude sur la ligne économique ?

Sur le fond, non. Il y a un mois pile, les vingt milliards d’euros du pacte de compétitivité ont marqué le tournant social-libéral de l’exécutif : en clair, le réalisme sur le coût du travail. La décision finalement prise sur Florange va dans le même sens, le réalisme. Mais le pataquès actuel montre que ce virage n’est pas totalement assumé, que le président a le social libéralisme honteux. S’il s’agit seulement du douloureux atterrissage de promesses de campagne intenables (comme sur le traité budgétaire européen, la TVA, le coût du travail, et donc Florange), les contorsions sont classiques en politique et on criera peut-être bientôt au génie en saluant l’artiste qui avance en crabe. Mais si cela reflète une hésitation de fond, cela n’est pas rassurant. Parce que sur les retraites, les économies dans les dépenses, il y a d’autres sujets difficiles qui s’annoncent. Quand la pente est forte, si la montée se fait en crabes ou en lacets, la ligne visée doit être droite – comme dirait Raffarin.

Il y a une autre hypothèse toute simple : Jean-Marc Ayrault est là pour protéger François Hollande !

Ça, c’est la lecture classique de la Vème République. L’Elysée disait aux médias cet été : « désintoxiquez-vous du sarkozysme, Matignon existe ! ». François Hollande en rêve. Mais en quinquennat, cela ne marche plus, il n’y qu’un patron.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.