Dominique Seux évoque à son tour la candidature de Manuel Valls sous l’angle de l’économie.

Le mot a été dit par Thomas Legrand : l’économie est l’angle mort de Manuel Valls, très identifié au régalien, à la sécurité, à la laïcité. Si vous voulez une anecdote qui l’illustre, je peux vous dire qu’il voit beaucoup les journalistes politiques, mais qu’il n’a pas vu une seule fois des journalistes économiques depuis qu’il est à Matignon –enfin, à ma connaissance. Sa culture, hier soir, c’était plutôt celle de Clémenceau que le réalisme rocardien –qu’il n’a d’ailleurs pas mentionné. Le radicalisme de Clémenceau, c’est l'étatisme mais c'est aussi le pragmatisme, cela peut coller avec le social-libéralisme. Mais au fond, que sait-on du Manuel Valls économiste ? Avant la primaire de 2012, il voulait déverrouiller les 35 heures, baisser les cotisations sociales des entreprises, et même abroger l’ISF. A Matignon, il a poussé d’abord un cri « j’aime l’entreprise », c’était au Medef en 2014, assumant davantage que le président le virage du quinquennat. Ensuite, il a poussé pour la version la plus avancée de la loi El Khomri sur les licenciements et c’est lui qui a voulu l’article 49-3. En prévision de sa candidature, il s’est depuis un mois recentré à gauche –si on ose- sur l’économie et il défend par exemple l’idée d’un revenu universel. On a l'impression qu'il cherche un trou de souris à gauche entre le démondialisateur Montebourg et le pro-mondialisation Macron. Mais cela ne dit pas ce qu’il veut.

Mais c’est surtout sur le barrage à la droite et à l’extrême droite qu’il construit sa ligne …

En marketing et en optique aussi, on dirait qu’il veut jouer le produit de contraste. Le contraste face à l’extrême-droite, en défendant « l’esprit français » face à l’identité. Et il considère manifestement que le programme de François Fillon lui ouvre un boulevard. Sur la retraite, sur le nombre de fonctionnaires, sur la santé. Dans la mesure où le candidat de la droite allégera un peu son projet dans les mois à venir, Valls a tout intérêt à taper fort tout de suite, pour cranter ces sujets. Mais sa difficulté majeure, bien évidemment, est que s’il « fait » président, son bilan économique est le même que celui de François Hollande, et il est à l’évidence mauvais.

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