On l’a appris hier : la France a été championne du monde des prélèvements fiscaux et sociaux en 2017. Sommes-nous un pays du Nord pour la pression fiscale et un pays du Sud pour ce que pensent les Français de leurs services publics ?

On savait la France numéro un en Europe pour le niveau de ses prélèvements obligatoires (source Eurostat la semaine dernière). 

Hier, l’OCDE a indiqué que notre pays est désormais aussi champion du monde. Il a dépassé en 2017 le Danemark. 

Le siège de cette organisation des 36 pays développés étant à Paris, on imagine que ses responsables ont saisi l’ironie de sortir leur enquête en pleine crise des Gilets Jaunes. 

Limitons au maximum les chiffres, mais juste deux : les prélèvements fiscaux et sociaux ont représenté 46,2% du PIB l’an dernier ici, 12 points de plus que la moyenne. 

Au-delà, il y a plusieurs points intéressants. 

1 - D’abord, la majorité des pays ont augmenté leur pression fiscale depuis dix ans et la crise de 2008. Ce n’est pas de l’ultralibéralisme et de l’ultra-austérité. 

2- Ensuite, cinq pays ont vu grimper nettement cette pression fiscale en dix ans : japon, Mexique, Pays-Bas, Slovaquie et France. 

3 - Enfin, la France se distingue des autres pays par davantage de cotisations sociales (proportionnelles aux revenus), davantage d’imposition du patrimoine (elle était championne du monde en 2017 avant la demi-suppression de l’ISF), et moins d’imposition des revenus (progressive par rapport aux revenus). 

En face de ce record mondial, il y a naturellement des services collectifs. 

Mais que trouve-t-on ? 

1 - Du côté économique, ce n’est pas brillant : la croissance est souvent plus faible qu’ailleurs, le taux de chômage est plus élevé. Du côté, disons structurel, les résultats éducatifs ne sont pas les meilleurs. 

2 - Du côté social, le niveau de santé est certes bien classé, c'est indubitable, les retraites sont plus généreuses qu’ailleurs et la protection des plus pauvres est assurément plus forte. Tant mieux. Bravo. Mais bizarrement, personne ne le reconnaît et tout le monde râle. 

Bref, nous avons les impôts du Nord de l’Europe et les prestations en face sont ressenties comme celles de l’Europe du Sud. J'emprunte l'image à l'économiste Emmanuel Combe. 

Qui peut dire qu’il n’y a pas de problème ? On verra l’an prochain comment on se place après les réformes Macron de 2018. 

Dernière remarque d’actualité, sur l’ISF. Je cite les titres du Wall Street Journal et du Financial Times hier : La France est prête à recréer l’ISF. La confusion de ces derniers jours a sans doute tué la réforme de 2017. C'est probable : Les capitaux partis à l’étranger ne reviendront plus, il faut espérer qu'il n'il n'y aura plus de départs.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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