Les syndicats ont réussi leur entrée en scène. Le gouvernement a eu la sagesse de ne pas les prendre de haut - différence avec 1995. Mais on ne comprend pas pourquoi il attend encore avant de dire ses intentions.

Le Premier ministre Edouard Philippe, ici durant une session de questions au gouvernement
Le Premier ministre Edouard Philippe, ici durant une session de questions au gouvernement © AFP / Lionel Bonaventure

On reste dans le premier scénario évoqué par Thomas Legrand, celui d’une fronde d'abord dirigée contre la réforme des retraites, ni plus générale ni match retour des perdants de la présidentielle. Dans ce premier scénario, le gouvernement aurait je crois en fait tout intérêt à abattre ses cartes très vite, et pourquoi pas ce week-end ou lundi. Ce n’est pas ce qu’il a prévu mais on ne voit pas bien pourquoi il attend. 

Car Jean-Paul Delevoye a été nommé Haut-commissaire il y a deux ans, deux mois et vingt jours. Il y a exactement 812 jours ! Il a concerté c’est bien, mais c’est long. On bat des records, et tout cela est anxiogène

Sur le fond, il est manifeste qu’on n’est pas dans l’état d’esprit de 1995, quand Alain Juppé pariait (à tort) sur l’usure des ses opposants. Edouard Philippe, lui, est prêt à assouplir ses bottes. Sur plusieurs sujets : 

  1. Un : le nombre de Français concernés par la réforme. Depuis l'été, il était acquis à 100% que tous ceux qui ont aujourd'hui 57 ans et plus ne le seront pas (la réforme s'appliquera à partir de la génération 1963). Désormais, à 90%, les plus de 52 ans ne le seront pas non plus (génération 1968). Mais on peut parier je pense que les plus de 50 ne le seront pas davantage (génération 1971 voire 1973 ?). Dans les entreprises publiques, la barre sera plus basse encore. 
  2. Second sujet à trancher : y aura-t-il à court terme (2021) une mesure pour rétablir les comptes ? Par exemple un âge pivot à 63-64 ans ? Là, manifestement, la discussion est vive au sein du pouvoir entre les purs politiques qui disent plutôt non (cela risque de tout planter) et les politico-techniques qui pensent oui (autant faire le boulot jusqu’au bout).

Hier soir sur France 2, Gérald Darmanin s'est rangé dans la première catégorie, tout en étant très prudent dans l'expression : pas d'urgence. 

Mais la situation offre aussi des paradoxes. 

- Il est amusant de voir que ceux qui critiquent le projet gouvernemental expliquent que le système de retraite actuel est le meilleur au monde, alors qu’ils ont souvent combattu chacune des réformes faites depuis 25 ans. 

- Il est intéressant de souligner, au moment où on entend parler de casse du système social tricolore, que l’on a appris hier que le taux de pression fiscale au sens large est en France le plus élevé de tous les pays développés. L'Etat providence n'est pas autant détruit que cela !

Quelque chose cloche, mais quoi ? A chacun de répondre.

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