Dominique Seux est très en colère : une nouvelle fois, aucun quotidien national, et donc Les Echos comme les autres, n’est paru ce matin.

C’est une catastrophe, une honte, et je pèse mes mots, je suis un garçon calme. Dans le cas du quotidien Les Echos , c’est la vingt-cinquième perturbation en quatre mois, donc sur environ cent parutions. Cela fait une parution sur quatre. Pour les autres titres, c’est pareil. Exemplaires pas ou peu imprimés, pas ou peu distribués, une minorité de salariés a un pouvoir de vie ou de mort sur la presse, pénalise les lecteurs, et tue les kiosquiers, dont le métier se meurt. Une presse qui va mal, qui vit un énorme bouleversement, est frappée dans le dos. Ce sont 1,5 million d’exemplaires qui n’ont pas été ou ne seront pas imprimés - si on ajoute Le Monde cet après-midi.

La cause directe, c’est la réorganisation de la distribution ?

Oui, celle de Presstalis, qui distribue les journaux, autrefois les NMPP, Nouvelles Messageries de la Presse parisienne. La diffusion de la presse baissant avec Internet, une restructuration en cours concerne plus de 1.000 salariés. La CGT du Livre, qui a toujours eu un quasi-monopole et un statut privilégié, refuse le principe même de départs contraints. Alors que l’Etat a mis sur la table environ 30 millions d’euros. Dans un communiqué publié hier soir, le Syndicat du Livre CGT refuse (je cite) la « casse d’un acquis reposant sur les valeurs de la Libération ». Au prix de la faillite ? Peu importe ! Ah oui, un détail : Internet, je crois, n’existait pas en 1945.

Pourquoi la situation en est-elle arrivée là ?

Quand les patrons de presse demandent à la police d’intervenir, elle n’intervient pas ; et ils n’osent pas porter plainte non plus. La réalité est qu’il y a, à la CGT, la radicalisation d’un certain nombre de syndicats professionnels ou locaux. On le voit chez PSA, à Aulnay ; on le voit chez Goodyear, à Amiens. Dans un certain nombre de cas, la confédération CGT, à Montreuil, est débordée. On l’a vu avec les dockers, à la SNCF. On le voit au Livre.

Pour en revenir aux journaux, ces non-parutions n’accélèrent-elles simplement le passage d’une économie à une autre : la presse papier vers la presse en ligne ?

Au fond, votre question est : les quotidiens papiers se battent-ils derrière une ligne Maginot, ou pour protéger le cheval contre l’arrivée de la voiture ? Je ne crois pas. Peut-être, sans doute, qu’un jour, la presse se lira seulement sur Internet. Mais si on prend une autre image, il ne s’agit pas de défendre la machine à écrire contre l’ordinateur ; mais le clavier qui est là dans les deux cas, qui produit de l’information. Pour l’instant, c’est la diffusion papier (abonnements, publicité et kiosques) qui presque partout fait vivre les plus grandes rédactions. Celles qui offrent chacune chaque jour plus de cent articles originaux écrits par des professionnels, au-delà des dépêches d’agence ou des contributions extérieures. Le modèle économique de l’information Web est incertain, en dehors de Médiapart. Cela changera peut-être. Mais les grèves torpillent les efforts énormes que fait douloureusement une profession.

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