L'opinion proteste contre le niveau élevé des impôts et, curieusement, les idées qui apparaissent sur la table portent sur des ... hausses d'impôt. La demande de justice fiscale est d'autant plus forte que les données manquent sur la redistribution et la contribution fiscale des plus aisés.

Le débat fiscal est-il mal parti ? La réponse est hélas claire : oui, il est mal parti. Le mouvement des Gilets Jaunes avait démarré par un ras le bol contre le niveau des impôts, et pas seulement les taxes sur les carburants. Et ce dont on parle bizarrement ces derniers jours, ce sont des hausses d’impôt. Gérald Darmanin, favorable à une diminution des niches fiscales, a inquiété les classes moyennes, et moyennes supérieures, qui bénéficient par exemple à fond de la réduction d’impôt pour les emplois à domicile - il est revenu un peu en arrière ce mercredi en écartant cette réduction du champs de sa réflexion .et en évoquant une baisse de l'IRPP en contrepartie...

Entre 2008 et 2016 déjà, le tiers des ménages les plus aisés a vu son revenu reculer significativement en raison des mesures fiscales Sarkozy-Hollande. Sous ce quinquennat Macron, à l’exception de ceux concernés par la suppression de l’ISF et peut-être, si elle arrive, par celle de la taxe d’habitation pour eux aussi, leur situation ne s’améliore pas franchement. 

Du coup, le chiffon rouge agité par le ministre des Comptes Publics a énervé une partie du gouvernement, et il est probable qu’il se montre plus prudent dans les heures qui viennent. 

Car il ne faut pas imaginer que les mesures fiscales n’ont aucun effet : selon des données publiées par Les Echos ce matin, 5.000 contribuables à l’ISF ont quitté la France ces dix dernières années, emportant sous leurs semelles un capital de 24 milliards d’euros. Ce n’est pas un exode, mais c’est un exil silencieux. 

Mais les Français demandent de la justice fiscale … 

Et c’est normal. Le problème est l'absence de données publiques qui confirmeraient ou infirmeraient l’idée que notre système fiscal et social est juste et redistributif. 

- On sait que l’impôt sur le revenu est très progressif, 

- mais que l’ensemble des impôts directs (avec la CSG) l’est moins, 

- et que c’est vrai aussi avec les impôts indirects (avec la TVA). 

- Mais notre système redevient très redistributif si l’on tient compte des prestations sociales. 

Tous les fantasmes existent, à tort ou à raison, parce que l’on manque de données sur les impôts que paient les plus et les très aisés. 

Je vous livre juste cette information : 33.000 foyers étaient concernés en 2017 par les tranches les plus élevées du barème de l’impôt sur le revenu, à 48 et 49%, respectivement au-dessus de 250.000 euros de revenu pour une personne seule (500.000 pour un couple) et 500.000 euros (un million pour un couple). Mais ces informations ne figurent nulle part dans un rapport officiel ...

Beaucoup, pas beaucoup ? Je vous laisse réfléchir avec cela.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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