C'est plié : la DG d’Engie, Isabelle Kocher, ne sera pas reconduite à son poste. Il y a beaucoup de tiroirs dans cette affaire et une trace de machisme. Mais il ne faut pas négliger une divergence très sérieuse et fondée sur les nuances du vert.

Isabelle Kocher
Isabelle Kocher © AFP / ERIC PIERMONT

La directrice générale d’Engie, Isabelle Kocher, ne sera pas reconduite à son poste. On avait dit ici que l’histoire allait s’accélérer chez le géant de l’énergie. C’est le cas : le conseil d’administration est convoqué à 17 heures et il ne renouvellera pas le mandat d’Isabelle Kocher.

C’est la tribune de soutien de personnalités notoirement opposées à Emmanuel Macron (de droite, de gauche et des Verts) qui a scellé son sort. Le président d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu, les administrateurs et l’Etat (qui a un tiers des droits de vote) ont été ulcérés de cette méthode de terre brûlée -bizarre il faut le dire. 

Isabelle Kocher aurait aussi déjeuné (ou croisé à un déjeuner) Brigitte Macron cette semaine, sans plus de résultat. 

Alors, est-ce du machisme, puisque la DG est la seule femme à la tête d’un groupe du CAC40 ? Ou à l’inverse le fait d’être une femme devait-il la protéger alors que ses résultats seraient trop moyens ? 

La secrétaire d'Etat Marlène Schiappa a dit hier que je la cite « la question du maintien d’Isabelle Kocher est une question ad … hominem, le but de l’égalité homme-femme dans l’économie, c’est aussi de ne pas évaluer les femmes pour leur genre ». Fin de citation. 

En vérité, dans cette affaire, oui, il y a une apparence de machisme : on reproche à Kocher son « insuffisante intelligence émotionnelle ». C'est dingue ! Jusqu’à maintenant, on n’a jamais vu un patron homme évalué sur son intelligence émotionnelle -à tort, mais c'est une autre affaire. 

Mais une fois cela dit, ce n’est pas le principal argument du conseil d’administration pour la sortir, c’est son bilan. Et justement ? 

L’éditorialiste généraliste doit être humble : il est difficile de porter un jugement quand on n’a pas travaillé longuement sur les résultats de l’entreprise. Un jugement lapidaire : elle est virée parce qu'elle serait verte, trop verte, pas assez verte, ce jugement est hâtif pour une société de 160.000 personnes. Je ne vais pas me faire des amis mais l'économie est parfois plus sérieuse que la politique.

En revanche, on voit bien la ligne de fracture. Isabelle Kocher a dessiné la stratégie et la communication autour des services (économiser l’énergie) et des renouvelables. Ses opposants estiment que dans la réalité les renouvelables d'Engie sont peu développés et que cela ne fait pas un modèle économique : le nucléaire et le gaz vont continuer à occuper demain une place importante dans le mix énergétique et les maintenir est une condition pour tuer le charbon et le pétrole, qui sont le pire pour le climat. 

Par ailleurs, sa direction un peu solitaire est mise en cause : à l'automne, elle serait allée voir Edouard Philippe pour évoquer la reprise par Engie de Suez (le spécialiste du traitement de l'eau), sur une idée de Jean-Louis Chaussade, ... sans en informer son conseil. Il se dit également qu'elle aurait pensé céder à EDF les centrales nucléaires belges.

Sans aucun doute, Isabelle Kocher a porté (et très bien porté) une stratégie, l’a-t-elle bien mise en œuvre ? C’est la question.

Le gouvernement a donné l'ordre au conseil de la remplacer, après une phase d'intérim, par une femme. Mais, naturellement, ce ne sera jamais confirmé, pour ne pas dire que la future dirigeante d'Engie a été choisie parce que c'est une femme ... On verra à l'arrivée ! 

PS : le jeu de mot du titre est faible, l'auteur de ces lignes le reconnaît facilement, mais il est difficile d'y résister.

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