L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». _____ Hier, c’était le premier jour de Pôle Emploi, le nouveau service de l’emploi qui résulte de la fusion entre l’ANPE et les Assedic. Et il y a eu une grève. Explications : Voilà comment une belle idée, la naissance de ce Pôle Emploi, une réforme utile dont on parle depuis dix ou vingt ans, est gâchée par un climat désastreux. Dans les tiroirs de la Cour des comptes, des gouvernements successifs, on trouverait des dizaines de rapports sévères sur le parcours du combattant qui complique la vie des demandeurs d’emploi. L’objectif, c’est de réduire le nombre de leurs interlocuteurs, entre l’assurance chômage qui calcule et verse les indemnités, l’ANPE qui les conseille, sans oublier l’AFPA pour la formation professionnelle. L’idée est frappée au coin du bon sens. C’est ce qui se passe dans tous les pays. Mais on ne parle que des conflits. Il y en a eu fin novembre, début et fin décembre, puis, hier, avec 19% de grévistes. Et il y a une journée de grève jeudi. A qui la faute ? Est-elle partagée ? C’est vrai qu’un rapprochement est anxiogène, surtout quand il concerne 1.600 sites en France, 45.000 salariés, dont les uns sont sous statut privé, les autres public. Bien sûr, la montée du chômage complique le travail des conseillers qui font un métier difficile. Sans compter que la fin de la dispense de recherche d'emploi pour les chômeurs âgés de plus de 57 ans et demi fera affluer des seniors vers le “ Pôle emploi ”. La mise en œuvre du revenu de solidarité active, le RSA, imposera aussi d'accompagner plus de monde. C’est vrai que le nombre de dossiers suivis par chaque agent reste élevé, officiellement 80, en fait plus de 100. Enfin, c’est vrai que quand on a passé 10 ans à calculer des allocations aux Assedic, on ne sait pas accompagner un demandeur d’emploi du jour au lendemain. Tout cela explique les craintes des salariés, mais elles ne justifient pas les portes closes tous les 8 jours ! Il faut rappeler trois choses. Que des fusions, la plupart des salariés en vivent et ce n’est pas un drame. Qu’au niveau national, les syndicats qui géraient l’assurance chômage depuis 50 ans ont accepté cette réforme. Et aussi qu’à l’ANPE, certains syndicats sont considérés, même par leurs confédérations, comme peu ouverts aux changements depuis longtemps. Le rapprochement des deux organismes va générer de la productivité. La plateforme téléphonique, le 39-49, qui fonctionne depuis hier, va éliminer les appels les plus courants. Et puis, il faut savoir que le conflit social porte aussi et peut-être surtout sur un point qui concerne peu les chômeurs : les ex agents de l’ANPE sont payés 20% de moins que les ex salariés des Assedic, ils sont payés sur 12 mois contre 14,5 mois, et ils veulent rattraper cela. Bref, une négociation sociale reprend aujourd’hui, mais il ne faut pas oublier que l’essentiel, c’est le service rendu aux usagers. A terme, cette réforme peut donc être efficace. Mais on peut regretter que des syndicats bloquent la réforme pour de mauvaises raisons ; vont finir par la rendre impopulaire alors qu’elle est bonne, tout en pensant qu’à terme, il faudra continuer de muscler Pôle Emploi, dont les 45.000 salariés ne sont pas assez nombreux. En Grande-Bretagne, les Jobs Centers comptent 67.000 salariés.

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