**Nicolas Sarkozy a donc décidé de repousser après les régionales l’entrée en vigueur de la taxe carbone. Oui, et ce n’est guère original, je vais commencer par dire que ce report au 1er juillet constitue pour lui un échec politique. Tant mieux pour les consommateurs de fioul et de carburants, mais le gouvernement reconnaît qu’il lui faut du temps pour caler un dispositif qui tienne compte de la censure du conseil constitutionnel et taxe aussi le millier d’industriels qui y échappaient. En réalité, l’autre raison à ce report est que Nicolas Sarkozy ne voulait pas une empoignade au Parlement sur la taxe carbone juste avant les régionales. Tout cela fait un beau cafouillage, surtout si l’on ajoute que le Grenelle de l’environnement fait du surplace. Cela n’a pas été remarqué jusqu’à présent mais le projet de loi qui doit mettre en musique les grands principes arrêtés il y a deux ans - sur l’isolation, sur l’éolien, sur les plans climat des communes - , n’a toujours pas été examiné par les députés. Or, soit ce texte n’est pas important et on se demande à quoi il sert. Soit il est important, et on ne comprend pas ce retard. Bref, le virage vert va un peu à volo ! Voilà pour le contexte politique… qu’en est-il sur le fond ?Le gouvernement va refaire sa copie. Christine Lagarde a dit que le niveau de la taxe pour les industriels dépendra de leur exposition à la concurrence et de l’intensité énergétique de leur production. On s’arrache déjà les cheveux. Mais la question qu’on a le droit de se poser est plus simple. Le raisonnement du conseil constitutionnel est-il sérieux ? Beaucoup en doutent. Le projet initial exonérait la chimie, les cimentiers etc., parce qu’ils sont soumis au marché européen des quotas de CO2. En gros, les entreprises ont une enveloppe d’émissions, si elles la dépassent, elles achètent des droits à d’autres entreprises plus économes. Il y a un marché pour cela, avec un prix de la tonne de CO2. Le conseil constitutionnel a dit : oui, mais les quotas eux-mêmes sont gratuits jusqu’en 2013, donc ça ne vaut pas. Face à cet argument, beaucoup d’économistes restent bouche bée. Ne pas polluer plus que les quotas autorisés a nécessité des investissements, c’est donc le volume des quotas qui compte, pas leur prix. Osons une comparaison : forcer une voiture à rouler avec moteur plus sobre ou la taxer dès qu’elle roule trop vite permet d’arriver au même résultat : polluer moins. En revanche, taxer les moteurs propres, c’est la double peine. Hier dans La Tribune, des professeurs de l’Ecole des Mines de Paris et, ce matin, dans Les Echos d’autres de l’Ecole d’Economie de Toulouse, dont Jean Tirole, un des Français les plus connus à l’étranger, - et aucun ne dépend du gouvernement - s’étranglent de cette ignorance économique du conseil constitutionnel. Conclusion ?Il y en a trois. 1 - La quasi exonération de taxe la plus surprenante, c’est celle prévue pour les routiers, les agriculteurs, les pêcheurs. 2 - il est plus facile de s’en prendre aux ménages, les cibles les plus faciles. 3 – la solution la plus efficace serait de supprimer le mécanisme des quotas et d’instaurer une taxe carbone européenne, à l’intérieur et aux frontières. Mais cela, c’est une autre histoire.**

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