Les milieux industriels ont beaucoup parlé hier de l’affaire d’espionnage qui atteint de plein fouet Renault sur son programme de voiture électrique.

Trois cadres de l’entreprise, dont un membre du comité de direction qui était salarié depuis 30 ans, ont été mis à pied avec effet immédiat – c’est rarissime. Renault leur reproche d’avoir diffusé à l’extérieur des informations confidentielles sur les projets de véhicules électriques. Cette affaire -dont on connaît peu de détails– est intéressante parce que, ces dernières années, on s’est beaucoup focalisé sur les menaces de copies et de piratage de produits ou de process, notamment par les Chinois. Ou les risques énormes que connaissent bien les entreprises qui travaillent, toujours en Chine, avec des partenaires locaux.

L’attention a été moins portée sur l’espionnage pur et dur avec transmission, par un salarié, d’informations à un concurrent, à un sous-traitant –et on n’imagine pas sans contrepartie. Encore une fois, on ne sait pas sur quoi portent ces fuites, qui en a bénéficié. On subodore qu’il ne s’agit pas simplement d’avoir mailé à un journaliste la photo d’une batterie électrique top secret. Ce qui est sûr, c’est que cette affaire tombe mal pour Renault, qui a misé une partie de son avenir sur l’électrique et qui doit sortir cet été ses deux premiers véhicules, les Kangoo et Fluence. En 2012, ce sera Zoé, une voiture pour vous et moi. Il est certain que des concurrents, qui se sont moqués au départ des ambitions de Carlos Ghosn sur l’électrique, ont moins ri quand ils ont vu les moyens mis en œuvre. Certains ont peut-être voulu rattraper leur retard.

Les histoires de ce type sont-elles rares ?

Généralement, les entreprises ne les divulguent pas. Mais ce n’est pas possible quand la justice intervient. Il y a quelques temps, Michelin avait accusé un ancien de ses cadres d’avoir voulu vendre des secrets à son concurrent Bridgestone –c’est ce dernier qui avait prévenu le Français ! Mais l’affaire la plus célèbre, c’est une autre, plus ancienne (1992), qui a mis en cause un cadre espagnol passé avec armes et bagages ultra confidentiels de General Motors à Volkswagen. José Ignacio Lopez de Arriortua avait lancé un vrai feuilleton, avec demande d’extradition et compromis incroyable à la fin : Volkswagen avait accepté de payer 100 millions de dollars de réparation à GM ! Ces chiffres font mesurer l’ampleur des secrets industriels. Renault, avec Nissan, investit 4 milliards d’euros sur les voitures électriques.

Comment les entreprises arrivent-elles, tout de même, à conserver leurs secrets ?

C’est vrai qu’on pourrait imaginer que des histoires de ce type arrivent plus souvent. Chez Airbus, Areva, PSA, Alstom, Google etc., des milliers de salariés ont entre les mains des informations confidentielles... parce qu’ils les produisent ! Plus de 1.000 salariés du Technocentre de Renault près de Versailles travaillent ainsi sur le projet électrique. Les règles, dans ce cas, sont le compartimentage des informations, mais pas seulement. Chez Renault, les communications informatiques entre tous ceux qui participent aux programmes d’avant-garde sont cryptées. Internet a évidemment multiplié les risques de fuite. Enfin, plus les budgets de recherche sont élevés, plus les risques sont lourds.

Donc, pas de risque zéro possible ?

Evidemment ! Un député, Bernard Carayon, a déjà annoncé hier soir qu’il allait déposer une proposition de loi pour muscler le droit du secret des affaires –il est rapide. Mais la meilleure garantie restera toujours l’éthique individuelle des salariés.

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