Le gouvernement hésite entre deux lignes vis-à-vis de la CFDT : lui céder un peu ou beaucoup. Quoi qu'il en soit, il est anormal qu'il ait mis aussi peu d'éléments financiers sur son projet à la disposition de l'opinion.

Le secrétaire général du syndicat de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) Laurent Berger (au premier plan) face à Edouard Philippe
Le secrétaire général du syndicat de la Confédération française démocratique du travail (CFDT) Laurent Berger (au premier plan) face à Edouard Philippe © AFP / Eric Feferberg

Où en est-on ? Il y a au sein de l’exécutif deux grilles de lecture et du coup deux stratégies. 

  • À Matignon, autour d’Edouard Philippe, et chez une partie des équipes de l’Elysée, l’impression est que malgré la semaine difficile qui s’annonce dans les transports voire les raffineries, la guerre d’usure est en train d’être gagnée. 

Le sondage Ifop du JDD montrant hier que la proportion de Français soutenant ou en sympathie avec les grèves serait passée ces jours-ci de 51 à 44%, ce sondage a été reçu comme une bonne nouvelle. Conséquence : l’idée est de négocier certes, mais pas trop, à la marge, avec la CFDT sur l’âge-pivot de 64 ans. L’analyse : à la sortie de crise, Edouard Philippe sera plus important que Laurent Berger, notamment dans la perspective de 2022. 

  • Pas du tout, réplique une autre ligne, plutôt dans les ministères sociaux – mais aussi à Bercy - cela vaut la peine de trouver un vrai compromis gagnant-gagnant avec la CFDT

À entendre ces voix, croire que Laurent Berger finirait par se rallier à l’âge-pivot sous une forme ou une autre a été une erreur, il faut aujourd’hui lui lâcher du lest parce que sinon, en 2022 (on y revient), ce sont des millions de Français proche de cette sensibilité réformiste et sociale-démocrate qui s’abstiendront s’il y a un duel Emmanuel Macron-Marine Le Pen. Sur France 2, Laurent Berger, dimanche soir, a proposé une conférence sur le financement.

De plus, si à la fin des fins, la CGT a rempli son objectif du maintien d’un quasi-régime spécial pour les personnes en place dans les entreprises publiques (SNCF, RATP et EDF) et que la CFDT, elle, n’a pas récolté grand-chose de clair et net, ce sera une humiliation pour le premier syndicat et le paysage social reviendrait des années en arrière. 

Encore beaucoup de questions sur les paramètres financiers de la réforme

On verra quelle ligne l’emportera mais en attendant, dites-vous, il y a une urgence. Il est étonnant voire incroyable que l’on ait si peu d’éléments sur le cadrage financier de la réforme. On sait juste que l'objectif est  de stabiliser les dépenses obligatoires de retraite à 14% du PIB. C'est peu ...

Est-elle neutre, coûteuse ? 

La transformation du système permet-elle de réaliser des économies ? 

Combien coûtent toutes les concessions faites à une dizaine de professions depuis trois semaines ? 

Quels sont les paramètres financiers de la création implicite d’un étage de capitalisation pour les très hauts revenus ? 

Sur tous ces points, le flou créé le doute, et le doute offre des boulevards au sens propre et figuré aux opposants à la réforme.

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