L’édito éco de Dominique Seux, des Echos.

Ce matin, avant quelques jours de repos, une invitation à une réflexion un peu particulière sur … l’emballement médiatique.

Oui, dans la vie, il n’y a pas que les impôts et les taux de croissance ou d’intérêt ! Nous sommes le 6 juillet, deux mois après l’élection de François Hollande et chacun peut se demander ce qu’il a retenu de l’actualité pendant cette période. Mais on peut aussi, bien au-delà, s’interroger sur la façon dont le « bruit médiatique » se construit et si il se construit différemment d’il y a quelques années. C’est la lecture d’une récente étude publiée dans la Gazette de l’Ecole des Mines de Paris, et réalisée par trois doctorants de cette grande école d’ingénieur, qui invite à cette réflexion. Réflexion qui peut être discutée, mais qui est intéressante.

Quelle est la découverte de ces chercheurs ?

Elle tient en une phrase : les médias, c’est toujours plus, et sur de moins en moins de sujets. On consacre de plus en plus de temps à quelques sujets de moins en moins nombreux : c’est l’emballement médiatique. Pour vérifier cette intuition, ils ont utilisé un instrument de mesure : l’unité de bruit médiatique, l’UBM. 2’ de reportage au JT de France 2 valent tant d’UBM, tel article ou telle Une du Monde ou de Sud-Ouest valent tant d’UBM, telle minute de radio etc., en fonction de l’audience. Une agence spécialisée évalue chaque jour le bruit des événements. Ainsi, depuis le 6 mai, c’est l’élection présidentielle qui bat tous les records. Mais le décès de Thierry Rolland arrive assez haut, il a fait deux fois de « bruit » que le sommet européen ! Le fameux tweet de Valérie Trierweiler, lui, a eu un retentissement très moyen.Et donc, quelques événements phares cachent le reste de l’actualité ?En regardant les courbes, on s’aperçoit de la montée, année après année, du bruit que produisent quelques événements. En clair, les événements les plus retentissants de 2011 ou 2012 ont fait deux fois plus de bruit que les plus bruyants de 2006 ou 2007. Vous me direz : en 2011, il y a eu la mort de Ben Laden, Fukushima et l’affaire DSK. C’est vrai, mais en 2005, il y avait eu la mort de Jean-Paul II et en 2009 celle de Michael Jackson. Et l’élection de 2012 a été davantage « couverte » que celle de 2007. Les médias se concentrent sur moins de faits, mais « mettent la gomme ». Mieux. L’effet rouleau compresseur fait que de plus en plus d’événements occupent la Une plusieurs jours de suite même s’il n’y a pas grand-chose de neuf. Le buzz n’est pas éphémère, il s’installe.

Quelles explications peut-on donner ?

Le paradoxe est que les nouveaux médias (Internet, réseaux sociaux, chaînes d’info en continu) auraient dû multiplier les sujets traités et les angles. L’information est partout ! Mais, non, il y a un effet entonnoir et les nouveaux médias alimentent le buzz du jour qui tourne en boucle sur deux trois sujets par jour. Il y a un effet mimétique (on parle de ce dont les autres parlent), il y a l’angoisse des médias en crise économique (journaux, grandes chaînes généralistes) qui ne veulent pas prendre de risque - on choisit de parler des faits divers ici, on focalise sur les impôts ailleurs -, il y a le manque de moyens qui fait qu’il est moins cher de commenter indéfiniment que de diversifier. Le résultat, dit l’Ecole des Mines, est que l’emballement médiatique, d’abord un accident, est quotidien.

C’est inquiétant ?

Le risque est double : celui de la saturation des citoyens qui avalent ad nauseam les mêmes infos et la même marée médiatique ; le risque de passer à côté d’événements ailleurs dans le monde, et, tout simplement différents. A méditer.

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