Donald Trump veut diviser les Européens sur les droits de douane sur l’automobile. Va-t-il y arriver ?

Çà n’est pas encore fait, mais franchement c’est bien possible. Dans le monde entier, la déstabilisation générale voulue par le président américain sur le commerce international se met petit à petit en place et elle va produire des effets encore inconnus. Des effets économiques et géopolitiques. 

Où en est-on ? 

- Depuis minuit, des taxes douanières nouvelles, de 25%, c'est baucoup, entrent en vigueur entre les Etats-Unis et la Chine, sur 818 produits côté américain,et sur le lait ou le soja côté chinois. Et l’escalade semble bien partie pour continuer. 

- Quant à elle, l’Europe, après l’acier et l’aluminium, s’attend à ce que ses exportations de voitures aux Etats-Unis soient taxées à 20% à partir de l’automne. C’est beaucoup aussi et cela panique Volkswagen, BMW et Daimler, qui expédient des véhicules haut de gamme mais surtout des pièces détachées vers leurs usines américaines. 

Du coup, un plan est en train d’être imaginé, officiellement par la Commission européenne, en réalité par Berlin. Ce plan consiste à dire à Trump : au lieu de monter les droits de douane sur les automobiles, on les baisse tous, Etats-Unis, Europe mais aussi Corée, Japon etc. Hier, Angela Merkel a soutenu publiquement cette idée soufflée par les industriels de son pays et … l’ambassadeur des Etats-Unis à Berlin dans une réunion fermée avec lesdits industriels. Hier, la chancelière a ajouté que l’Europe devait rester unie. Mais il ne faut pas être naïf : cette idée est avantageuse pour l’automobile allemande. 

Pourquoi ? Parce que quand une voiture made in America est importée en Europe, elle supporte aujourd’hui un droit de douane de 10%. Si cela passe à zéro, les petites voitures japonaises et coréennes vont elles aussi inonder les pays comme la France et l’Italie, pays qui fabriquent de la moyenne gamme. Tandis que le marché allemand, lui, ne sera pas menacé puisque les Allemands achètent allemand et qu’ils exportent du haut de gamme.

C’est donc un test pour l’Europe ?

Jusqu’à maintenant, depuis six mois, elle est restée soudée, unie, avec un seul discours face à Donald Trump. Mais le président américain prend un malin plaisir à tenter de faire éclater la construction européenne sur le cœur de ce qui l’unit, l’économie. Avec l’automobile, un secteur qui concerne 800.000 personnes en Allemagne, il appuie sur le point faible. 

Que va faire Angela Merkel ? Jusqu’à maintenant, elle avait résisté aux sirènes trumpiennes. Sa déclaration d’hier laisse désormais planer un doute.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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