Par la voix de son Premier ministre Mariano Rajoy, l’Espagne a appelé hier l’Europe à l’aide pour ses banques - ce qui n’était pas le cas jusqu’à maintenant. Alors, faut-il aider Madrid ?

Ecoutez, la réponse, du point de vue européen, est oui, trois fois oui. A la fois parce c’est l’Espagne et parce que ce que dit Mariano Rajoy est juste. D’abord, ce nouvel accès de fièvre mérite une explication parce que c’est le 8ème que traverse la zone euro depuis le début 2010 ; évidemment, une certaine incompréhension apparaît. Comme en Irlande, au Portugal, en Grèce, les gouvernants perdent du temps avant de reconnaître la vérité, parce que c’est humiliant. Dans le cas espagnol, la vérité qui surgit, ce sont les mauvais bilans des banques qui explosent avec l’éclatement de la bulle immobilière. Mais Madrid vit mal le fait d’être mis dans le même sac qu’Athènes parce que le pays a pris, si l’on ose dire, le taureau par les cornes. Mais, voilà, ils ont un besoin d’argent, de 24 milliards, pour renflouer Bankia.

Donc, le gouvernement demande de l’argent ?

C’est, si vous le permettez, plus compliqué - et c’est là que le discours de Rajoy est intéressant. Madrid dit : je n’ai plus d’accès aux marchés financiers, emprunter à 6% serait de la folie ; Mais mon problème n’est pas de trouver de l’argent, l’Espagne est une grande économie ; le problème, ce sont les taux d’intérêt ; et ils sont stratosphériques un peu à cause de notre situation, beaucoup à cause du risque de change si la peseta revenait, mais bien plus à cause de l’absence totale de visibilité pour les investisseurs de ce que veut l’Europe. Un jour, on parle austérité, le lendemain croissance ; un jour, la BCE ouvre ses guichets, puis elle les ferme ; un jour on efface les dettes (Grèce), un autre non (Irlande) ; un jour, on parle fédéralisme, un autre on vomit le mot. Bref, où est le phare ? Où est la vision ?

Bon, ça c’est la situation, que va (que peut) faire l’Europe ?

Elle va soutenir l’Espagne (parce qu’il faut sauver le soldat Rajoy). Dans le détail, est-ce que ce sera la BCE ? Ou le Fonds européen de secours (le FESF) ? – c’est ce que dit le quotidien allemand Die Welt. Est-ce que ce sera une aide aux banques, à l’Etat espagnol ? On verra. Mais, ce qui est important est de voir que l’Espagne est « too big to fail », trop grosse pour que la faillite soit jugée possible. Et il est possible que le train de la construction européenne, poussif quand il s’agît de la Grèce, de l’Irlande, de la périphérie, accélère soudain quand il s’agit d’un pays du cœur. Il faut l’espérer. A noter que Berlin a publié hier un document de huit pages sur l’avenir de l’Europe.

En attendant, les Etats-Unis s’impatientent...

Ils ont organisé hier en fin de matinée une réunion téléphonique des ministres des Finances et des banquiers centraux du G7 pour tirer les oreilles des Européens et leur demander d’être actifs et musclés. Et d’arriver au G20 mexicain de juin avec des solutions, et pas seulement des discussions. Pour être franc, sur cette attente, nous sommes tous Américains.

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