Les taux des crédits immobiliers restent au plus bas, alors qu’une hausse était attendue. Comment l’expliquer ?

C’est une surprise en effet. Alors je me suis amusé, c’est pas très charitable, à relire ce qu’écrivaient les sites de conseil immobilier en janvier. Ils prédisaient une hausse des taux, progressive, pas très rapide, mais une hausse quand même. Or c’est exactement l’inverse qui se produit puisque les taux baissent depuis le début de l’année. On est tombé à 1,46% en moyenne en mai. Et pourtant, l’inflation, elle, continue d’accélérer. D’ailleurs, l’an dernier, les taux des crédits immobiliers étaient remontés après avoir touché un point bas fin 2016. 

Alors que se passe-t-il ? L’explication vient d’abord des banques, qui se livrent une concurrence féroce pour gagner du terrain sur un marché qui ralentit : il y a moins de transactions immobilières qu’en 2017, parce que les prix continuent de grimper et que beaucoup de Français ne peuvent plus acheter. Les établissements rognent donc sur leurs marges, et allongent encore la durée des prêts. En moyenne, celle-ci atteint désormais 19 ans, 6 mois de plus qu’en janvier.

Mais est-ce que cette situation peut durer ?

Ecoutez ça fait tellement longtemps que l’on prédit une normalisation des taux d’intérêt qu’elle va bien finir par arriver. Pourquoi, parce que la Banque centrale européenne doit mettre un terme, d’ici à la fin de l’année, à ses rachats massifs de dettes. Et qu’elle devrait commencer à relever ses taux en 2019 parce que la croissance est de retour en zone euro, et l’inflation aussi.

Mais attention, il reste beaucoup d’incertitudes. D’abord, cette inflation est liée aux prix du pétrole. On ne voit pas de vrais effets de la croissance sur les salaires, et donc de cycle inflationniste. Et puis il y a des aléas politiques : la guerre commerciale de Trump, et le nouveau gouvernement italien dont on voit mal comment il pourra financer son programme. Résultat : les taux ont rebondi dans les pays du Sud de l’Europe. Et rebaissé en Allemagne et en France, des valeurs refuge. Ça explique aussi la faiblesse des taux immobiliers. Signalons au passage que parmi les emprunteurs, le premier gagnant reste l’Etat français : depuis le 1er janvier, les intérêts payés sur la dette ont encore diminué.

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