L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». _____ Hier, TF1 a préparé les marchés financiers à l’annonce de mauvais résultats. Est-ce la fin d’une époque ? C’est en tous cas la fin de l’exception TF1. Les données publiées par la première chaîne sont en effet frappantes. Ses recettes publicitaires ont fondu de 27% au premier trimestre. Ce qui va se traduire par une perte sur son activité courante de 10 à 15 millions d’euros sur la période. Du coup, en effet, pour préparer le terrain, le groupe a lancé ce qu’on appelle un avertissement sur résultats. Le plus important, ce sont les causes de cette crise. La première ne dépend pas de TF1, c’est tout simplement l’effondrement du marché publicitaire, qui touche tous les médias. En période de crise, les entreprises suppriment en priorité la « réclame », il suffit d’un coup de téléphone. Mais cette situation a aussi des effets pour les annonceurs qui restent, car ils ont la main pour imposer leurs prix. C’est une sacrée revanche : jusqu’à maintenant, pour passer avant à 20 heures, ils signaient des chèques sans pouvoir les discuter. Mais il y a bien d’autres explications, sinon M6, par exemple, serait tout autant touchée. Or, ce n’est pas le cas. M6 résiste mieux. Après avoir dominé longtemps le paysage audiovisuel français, le PAF, TF1 a aujourd’hui un problème de modèle. Qu’il s’agisse des séries télévisées ou des divertissements, la chaîne peine à retrouver les clés qui ont fait son succès. Navarro ou Cordier n’ont pas de descendance et les séries américaines font la loi, ce qui banalise la marque. Au total, si on met bout à bout une panne de créativité, la concurrence des télécoms, d’Internet et de la TNT - à laquelle les dirigeants de la première chaîne ne croyaient pas - on a les clés des défis lancés aux chaînes généralistes en général et à TF1 en particulier. L’audience de cette dernière est passée en deux ans de 30% à 25,2%. C’est la déprime. D’autres grandes chaînes ont-elles trouvé des solutions ? L’évolution est irréversible : chaque téléspectateur veut ses programmes quand il veut. La recette est donc de diversifier les sources de revenus. C’est ce qu’a fait M6 avec W9. C’est ce que voudrait faire TF1 en rachetant TMC et NT1. Aux Etats-Unis, les grandes chaînes produisent davantage de contenus, notamment des séries qu’elles vendent dans le monde entier comme « Dr House » ou « Desperate Housewives ». Et puis, elles se sont lancées plus vite dans le catch-Up Tv, un système qui permet de rattraper sur Internet les programmes qu’on a manqués à la télévision. Le site de vidéo Hulu propose gratuitement aux internautes des films de NBC, d’Universal et, depuis lundi, de Disney, en échange de publicité. La chaîne TF1 est en difficulté, mais n’est pas à terre. Elle est protégée par son actionnaire, Bouygues, l’écart avec M6 reste très important, et France 2 a les mêmes problèmes d’audience. Bref, elle a les moyens de rebondir. Pour finir, deux paradoxes qui font sourire. Un : on disait beaucoup que la suppression de la publicité sur France Télévision était un cadeau à TF1 ; en fait, à court terme, c’est le service public qui, dans la crise, s’en tire le mieux ! Deux : beaucoup de monde critique TF1, mais c’est encore sur ses plateaux que tous les responsables politiques et tous les artistes se précipitent en priorité.

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