**Le climat est resté tendu sur les marchés boursiers et financiers hier... Au fond, l’euro vaut-il la peine d’être défendu, Dominique ?Si on va au bout du bout des questions posées par la crise actuelle, c’est celle qui est effectivement renvoyée à tous ceux qui ont défendu la création de l’euro depuis sa naissance. Et c’est une question évidemment posée quand on voit ce bras de fer incroyable entre les marchés et l’Europe, une Europe qui plie peu à peu. Depuis quelques jours, les eurosceptiques triomphent sur le thème du : « je vous l’avais bien dit », et on leur donne généreusement la parole, même s’ils ont toujours été ultra-minoritaires, chez les responsables politiques comme chez les économistes. A les entendre, les manifestations en Grèce ? C’est l’euro. Les attaques contre l’Espagne ? C’est l’euro. Et bientôt la rigueur en France ? C’est l’euro vous dis-je ! Ne soyons pas naïf ! Dans cette bataille, personne n’est neutre. Ce n’est pas un hasard si la par ailleurs excellente presse anglo-saxonne, qui n’a jamais adoré l’euro, est très attentive à ce qui se passe– mais sur un ton dramatisant. Il y a quand même des raisons de douter, non ?Les marchés posent de bonnes questions. Entrée trop tôt dans l’euro avec une compétitivité très faible, la Grèce n’a rien fait pour l’améliorer et a camouflé ses déficits. L’Espagne, elle, a décollé en misant sur un seul secteur d’activité – la construction – et un seul levier – le crédit -, ce qui était une folie. Dans les deux cas, des taux d’intérêt bas, ceux de la BCE (qui s’appliquaient aussi à l’Allemagne et à la France), ont facilité ces dérives. Quel modèle de croissance ces pays vont-ils retrouver ? Avant l’euro, la dévaluation se serait imposé d’elle-même pour retrouver de l’oxygène avec ou sans inflation. Aujourd’hui, c’est la formation, l’innovation, la productivité. Si on continue le procès à charge, on peut dire aussi que l’euro n’a pas rapproché les économies et que la zone euro connaît une croissance molle : + 0,9% seulement cette année. Vous allez me dire que ces arguments ne sont pas fondés !Pari perdu ! Mais ces éléments doivent être complétés par d’autres. La grande vertu de l’euro, et la crise actuelle n’y change rien, est de protéger ses membres contre les guerres des changes permanentes. Il faut se souvenir des crises sur le franc tout au long de la décennie 1980 et encore en 1992-1993 – et du niveau des taux d’intérêt à l’époque. Que n’aurait-on (peut-être) vu dans la crise de 2008 ! En réalité, le problème de l’euro est qu’il a été trop protecteur pour certaines économies, y compris pour la France, à qui il a servi de parapluie. Grâce à lui, les déficits du commerce extérieur et des finances publiques sont passés comme une lettre à La Poste et, dans ce club de l’euro, finalement, tout le monde a fermé les yeux sur les turpitudes de ses voisins pour être exonéré des siennes. La balance est donc positive ?Malgré tout, elle le reste même si l’équilibre s’est modifié ces derniers mois. Pour que l’euro pèse face au dollar, au yuan demain, il n’y a pas d’autre solution que de surmonter cette crise puis de mettre plus de politique dans l’euro – y compris des sanctions. On nous promet d’ailleurs une initiative franco-allemande. La solution n’est pas moins d’euro, mais plus d’euro.**

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