Nous sommes le 6 mai et au lieu de dresser le bilan de la première année de François Hollande, vous vous posez ce matin une question simple : est-ce que la deuxième année du mandat sera plus facile ?

Oui, parce que la deuxième année commence aujourd’hui. A question simple, réponse simple ou presque : sur le plan économique, oui, on va vers du mieux ; mais – précision hélas indispensable – un mieux qui est en trompe l’œil, comme quelqu’un de souffrant qui prend de l’aspirine et qui, une heure après va mieux, mais rien n’est réglé.

Sur le plan de la conjoncture, cela va aller mieux, non ?

Vous avez raison. Selon les prévisions de la Commission européenne publiées vendredi, la France serait en légère récession cette année, mais la croissance repartirait modestement après l’été, avant d’accélérer. Elle atteindrait 1,1% l’an prochain. C’est donc mieux. Malheureusement, cela ne suffit pas pour inverser la courbe du chômage, que Bruxelles voit continuer d’augmenter cette année et en 2014. Alors, on imagine que le gouvernement remettra des outils dans sa boîte - emplois aidés de toutes sortes. Mais même si ces emplois ont leur utilité sociale, ce sont des cachets d’aspirine, pas plus.

La politique économique ne sera-t-elle pas plus favorable à la croissance, avec la décision de Bruxelles de donner du temps à Paris pour réduire les déficits publics ?

Oui, c’est le fameux cadeau d’anniversaire de la Commission à François Hollande pour son anniversaire à l’Elysée. Vendredi, elle a donné deux ans à la France pour ramener le déficit à 3% - 2015 au lieu de 2013. On ne parle pas de zéro %, on parle de 3%. Ce week-end, le gouvernement jubilait ; sur le plan macro-économique, il y a des arguments pour desserrer la contrainte sur les pays vraiment en difficulté ; mais on note que la France est le seul pays, avec l’Espagne, à bénéficier d’un tel délai. Est-ce flatteur ? Non, bien sûr. On relève encore que le déficit, qui baissait depuis 2010, va remonter ; on observe enfin au passage que ce n’est pas Berlin qui est à la manœuvre, mais Bruxelles. Les attaques récurrentes contre Berlin sont à côté de la plaque. Mais l’essentiel n’est pas là.

Et où est-il, l'essentiel ?

Le risque de tout cela est que cela donne au pouvoir le droit de ne rien faire pendant deux ans. Et même jusqu’à la fin du quinquennat puisque en 2014, 2015 il y aura des élections, puis il y aura 2017. Le risque est que ce délai soit un camion entier d’aspirine qui reporte les problèmes sans les résoudre. Au bout du compte, les hausses d’impôt auront eu lieu, mais le travail sur les dépenses publiques serait oublié. J’ai découvert un chiffre caché page 146 des annexes statistiques des prévisions de la commission dont personne n’a parlé encore: les dépenses publiques, si rien n’est fait, seront en 2014, pour la première fois, les plus élevées des 27 pays européens, au-dessus du Danemark, à plus de 57% du PIB. A ce niveau, ce n’est plus de l’aspirine, c’est de la morphine, c’est-à-dire une drogue.

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