Ce sont les 20 ans du Tunnel sous la Manche, inauguré – donc – le 6 mai 1994.

Inaugurée par François Mitterrand et la reine Elisabeth – cela ne nous rajeunit pas ! C’est le dernier très grand chantier mené en Europe et il y a bien des enseignements économiques à en tirer au-delà des chiffres forcément marquants quand on parle d’un tunnel de 50 kms à 100 mètres sous terre. Quelques chiffres quand même : 330 millions de passagers depuis l’ouverture, qui se partagent entre l’Eurostar et le service de navettes Shuttle. Mais Eurotunnel reste aussi associé, dans l’imaginaire collectif, à une génération de petits porteurs – des petits actionnaires - littéralement rincés, avant la faillite puis le redressement qui permet aujourd’hui à la société d’afficher un bénéfice de 100 millions d’euros. Voilà pour les statistiques. Reste quand même l’essentiel : les idées !

Vous nous avez annoncé des enseignements !

Le premier est que l’offre créé bien la demande. Le Tunnel sous la Manche, ce n’est pas un projet européen au sens propre, c’est un projet binational France – Royaume-Uni. Mais l’Europe toute entière en profite et va en profiter de plus en plus. A l’heure actuelle, Eurostar dessert Paris, Bruxelles et Londres. En 2016, il reliera Amsterdam. Puis, la Deutsche Bahn fera circuler ses propres trains entre Londres et l’Allemagne. Il faut noter que le tunnel n’a pas « tué » les bons vieux ferries, puisqu’ils conservent 50% du trafic passagers et les deux tiers du trafic camions – marchandises. C’est le transport aérien qui a le plus souffert, mais globalement, donc, l’offre crée la demande.

Le trafic est quand même en dessous des prévisions d’il y a vingt-cinq ans !

C’est vrai, et c’est la deuxième leçon : la prévision, comme disait Pierre Dac, est un art difficile, surtout quand il s’agit de l’avenir – pardon de cette citation un peu éculée ! Le tunnel a été financé sur des fonds exclusivement privés, et comme ce sera de plus en plus le cas pour des grands investissements, on voit bien qu’il faut que les prévisions soient réalistes. Ce qui n’a pas été le cas puisque on pariait alors – en 1987 – sur 50% de passagers de plus qu’il y en a. C’est, avec la dérive des coûts multipliés par trois, ce qui a conduit l’entreprise à la faillite. Les économistes de l’époque ont été mauvais ou trop « vendus » au projet ; les prévisions à vingt ans sont de toute façon très difficiles. Alors qu’on travaille sur le long terme : les péages payés par Eurostar à Eurotunnel sont fixés jusqu’en 2052 !

Dernière leçon : les Français et les Anglais sont vraiment différents.

Les Français se sont enthousiasmés pour ce beau projet, ont souscrit, ont peu regardé l’équilibre financier ; les Anglais, c’est l’inverse, n’ont regardé que ça et ce sont eux qui l’utilisent le plus. Cela explique pourquoi leurs infrastructures sont en si mauvais état.

Quel est le prochain tunnel en chantier dans le monde ?

123 kms sous la mer de Bohai, en Chine.

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