Edouard Philippe organise aujourd’hui une grande réunion sociale à Matignon. L'idée que les Gilets Jaunes ont obtenu davantage en cinq mois que les syndicats en 20 ans est séduisante. Mais elle est se discute.

Les syndicats (hormis la CGT, qui a décliné) seront ce lundi présents à côté du patronat, des associations d’élus et des associations environnementales puisqu’il sera aussi question, au-delà de l’emploi, des gestes écologiques du quotidien. C’est l’occasion de regarder une des assertions que l’on a beaucoup entendue ces dernières semaines : les Gilets Jaunes ont davantage obtenu en cinq mois que les syndicats en vingt ans. En foot, on, dit : Gilets Jaunes 1 – Syndicats 0. 

C’est faux, on va le voir, mais pourquoi l’idée s’est-elle imposée ? Elle s'est imposée à cause des chiffres sur la table. Emmanuel Macron a officiellement lâché 17 milliards d’euros depuis décembre, et en fait davantage compte-tenu de l’enterrement de la hausse de la taxe carbone prévue pour les années à venir. On est plus proche de 25 milliards, c'est énorme. 

Mais :

1 - Ce total mélange des choux et des carottes, des allègements d’impôts qui dépassent les Gilets Jaunes (et qui auraient sans doute été décidés de toutes façons pour des raisons de ras le bol fiscal et électorales) et par exemple une prime d’activité dont la revalorisation a juste été accélérée.  

2 - En face, les avancées sociales auxquelles ont contribué les syndicats avec les dirigeants politiques depuis vingt ans ne peuvent pas être passées par pertes et profits – quoi que l’on pense de chacune d'entre elles : 

. la réduction du temps de travail, 

. la couverture maladie universelle, 

. les départs  en retraite avant 62 ans pour les carrières longues, 

. la reconnaissance de la pénibilité, la limitation des temps partiels etc. 

. Et puis l’essentiel sans doute : les gains salariaux dans les entreprises, qui sont discutés chaque année. 

Bref, les syndicats qui négocient avec les dirigeants politiques et localement obtiennent du très concret. Ce grain à moudre est moins visible que 25 samedis ultra-médiatisés, mais il est aussi acquis sans violence. 

Cela dit, les syndicats ne sont évidemment pas en forme.  

L’exfiltration temporaire forcée de Philippe Martinez (CGT) de la manifestation parisienne du 1er mai par sécurité en est l’illustration cruelle. Et Laurent Berger, à la tête du premier syndicat français, a été longtemps snobé par Emmanuel Macron, un président qui estime que les syndicats sont morts. On pourrait rétorquer « pas aussi morts que les partis », mais il est clair qu’ils doivent se réinventer. 

Ca tâtonne. 

La CGT cherche une alliance avec les Gilets Jaunes, la CFDT veut faire de l’écologie un levier attractif et Force Ouvrière veut offrir un visage plus serein. 

Mais clairement il y a urgence.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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