L'Allemagne a-t-elle perdu la tête ? Des juges font de la provocation sur l’euro.en demandant à la BCE (indépendante) de justifier sa politique. Mauvaise nouvelle en pleine crise sanitaire qui devient économique.

La Cour de Karlsruhe
La Cour de Karlsruhe © X

La cour suprême d’Allemagne a rendu hier un jugement qui fait beaucoup de bruit : elle demande des éclaircissements à la Banque centrale européenne sur sa politique monétaire de soutien puissant aux pays surendettés et en difficulté. Elle lui donne trois mois sinon, attention, la Bundesbank devra se mettre au fond près du radiateur en mode pause. 

C’est juridique, c’est technique, mais c’est important. Pourquoi ? Parce que cela montre combien les Allemands (pas tous les Allemands, mais beaucoup d’Allemands) sont un pied sur le frein sur l’Europe. 

Alors une fois cela dit, il faut regarder les deux versions de l’histoire. 

-Vue d’ici, du Sud, les Allemands bloquent tout, Angela Merkel ne veut pas d’un budget commun, d’une dette commune. Et maintenant les juges empêchent la BCE de faire ce qu’elle fait depuis dix ans, aider l’économie, les banques et les entreprises avec des taux d’intérêt très bas, pour éviter l’asphyxie à l’Italie, au Portugal, à la Grèce. C’est niet. 

-Maintenant, quelle est la version allemande ? Celle-ci : le job de la BCE est de lutter contre l’inflation, c’est la politique monétaire, et le résultat quand elle fait de l’économie, ce sont des taux d’intérêt qui ruinent les épargnants allemands et un bar ouvert pour les cigales, en Europe (au Sud), qui dépensent plus, s’endettent plus et à la fin ont des problèmes. Et chacun voit que sa rigueur budgétaire n’empêche pas Berlin d’avoir peu de chômeurs, plein d’industries et de bien s’en tirer face au virus comme après la crise de 2008

Alors qui a raison ?

On va forcer le trait. L’Allemagne a moralement raison, pas tout à fait tort juridiquement, mais a vraiment tort économiquement et politiquement. C’est vrai : la BCE a changé de rôle sans que cela soit décidé et on ne peut pas dire que les pays du Sud aient tout bon depuis quinze ans. 

Mais la ficelle est grosse, le moment où parlent ces juges est incroyablement mal choisi, et ni l’économie ni la politique ne sont affaire de morale et de vertu. Avec une monnaie unique, tout le monde est dans le même bateau, il ne s’agit pas de comparer les boutons de guêtre. Les Allemands doivent dire s’ils veulent que le bateau coule. 

Au total, alors que le sujet est de savoir s’il faudra et comment effacer les dettes du Covid ou les rendre perpétuelles, l’Allemagne installe un verrou juridique et ses juges cherchent à démonétiser la BCE. Ce n’est pas une bonne nouvelle.

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