La facture économique du Covid-19 augmente plus vite que le nombre de victimes. Rationnellement, cela n'a aucun sens. On n'imagine pas plus le gouvernement tenir deux points de presse par jour pour annoncer le nombre des accidents de la route. Mais il ne faut pas écouter seulement la raison.

Les rayons vides d'un supermarché (image d'illustration)
Les rayons vides d'un supermarché (image d'illustration) © AFP / Benoit Durand / Hans Lucas

Les conséquences économiques du Covid-19 sont déjà là : en France, 400 entreprises ont déjà demandé du chômage partiel -ce qui est une excellente solution, l'Allemagne a eu le génie en 2008-2009 de mettre des millions de salariés en chômage partiel et non au chômage tout court, ce  qui leur a permis de garder un pied dans l'entreprise-, et  des salons et des événements professionnels sont annulés tous les jours.

Si on regarde à une plus grande échelle, un secteur comme le transport aérien est dans le rouge. Lufthansa a rentré dans les hangars 150 avions, la compagnie portugaise a annulé 1.000 vols et les spécialistes anticipent une baisse de 24% - un quart ! – du trafic aérien en Europe cette année. 

Si on regarde froidement, on peut se dire que tout cela est disproportionné. A minuit, on comptait 160 décès liés au Coronavirus en Europe, dont sept en France, nombre à rapporter aux 1.700 décès « habituels » que notre pays enregistre en moyenne chaque jour (620.000 décès estimés en 2019). 

Mais, bien sûr, ce raisonnement froid a un intérêt limité : ce coronavirus créé une psychose parce qu’il peut atteindre la santé de chacun d'entre nous, qu'il vient de loin, qu’il n’existe pas de traitement, que la létalité est supérieure à celle d'une grippe classique et parce qu'on ne connaît pas l’ampleur de ce qui va se passer. Surtout, le nombre de personnes atteintes peut être exponentiel.

Il peut y avoir un pic dans trois-quatre semaines (ce qu'espère le gouvernement, en s'appuyant sur l'exemple chinois - pourtant bien différent dans la mesure où le confinement a été et reste bien plus drastique que ce que pourra faire une démocratie), çà redescend ensuite et l'économie, elle, repart en V. Ou il peut y avoir une crise plus longue.

Ni dramatiser, ni banaliser : l'objectif (légitime et compliqué) des pouvoirs publics est celui-là, ne pas entretenir la psychose mais ralentir la propagation. C'est une course contre la montre. Les chiffres globaux ne sont pas de beaucoup d'utilité, c'est le détail qui compte : la létalité est forte chez les plus et très âgés et les personnes fragiles et la surmortalité peut être in fine élevée.

Economiquement, trois couches se surajoutent : il y a les conséquences directes de l’épidémie (les malades ne travaillent pas), il y a l’application d’un principe de précaution pour les biens portants qui freine logiquement l’activité (plus de voyages, télétravail) et il y a des prophéties auto-réalisatrices (les Bourses mondiales entretiennent la peur). 

Mais ce n’est pas tout. En termes de communication, beaucoup de choses ont changé en dix ans (depuis la crise financière), avec aujourd'hui une information immédiatement accessible et du coup anxiogène. 

Le décompte jour après jour, à midi et 19 heures, des malades et des décès est nouveau, c’est bien, c'est normal, mais cela créé un stress quand çà monte (le cap des 100, des 500, des 1.000 et ensuite ?). Imagine-t-on deux points par jour pour chiffrer les morts de la route ou de la pollution, avec des messages : soyez prudents ou roulez moins, et des chaînes info en mode 24 heures/24 ? Non (à la différence près, bien sûr, que ces courbes ne sont pas exponentielles).

Tous aussi, nous recevons sur nos smartphones en temps réel toutes les informations sur le Coronavirus, qui sont innombrables et viennent des quatre coins du monde. Reconnaissons-le, et pas seulement les hypocondriaques : cela exerce une fascination sur nous. 

Depuis hier matin, il y a eu 500 dépêches d’agence de presse en français (comme l’AFP) évoquant le coronavirus

Au total, à côté de la facture sanitaire, la facture psychologique et économique du Covid-19 va être très lourde. Jusqu’à ce que ce que le pic soit atteint ou qu'un traitement soit trouvé.

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