L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». Que peut attendre l’Europe de Barack Obama sur le plan économique ? C’est une question qui nous touche de près. Et la réponse, pour être franc, on ne la connaît pas vraiment. Barack Obama à la Maison-Blanche, c’est un nouvel état d’esprit dans les relations avec l’Europe. Mais sur le fond, son projet économique est assez flou. Par exemple, on ne sait pas comment il financera ses grands travaux, ses baisses d’impôt. La lecture de deux livres d’Obama peut impressionner par l’analyse, la profondeur, sur les sujets mais il est difficile jusqu’au bout de savoir quelles décisions il prendrait finalement. Or, elles concernent le reste du monde, l’Europe donc, parce que le dollar, l’utilisation de l’épargne mondiale, la croissance dépendent des choix américains. Alors, ce flou n’est pas gênant, Tony Blair, Gordon Brown, ou Nicolas Sarkozy sont les champions du pragmatisme. Mais au fond, la seule chose sûre pour l’instant, c’est que sa priorité, ce sera le redémarrage des Etats-Unis, l’Amérique d’abord. Donc pas d’illusion. Pour le reste, il va y avoir vite des tests pour l’Europe. Le premier test sera la rencontre du 15 novembre sur la finance à Washington. En fait, il y aura trois tests : celui de Washington, ensuite en décembre la rencontre de Poznan, en Pologne, sur le réchauffement climatique. Il faudra regarder aussi l’avenir du contrat géant des avions ravitailleurs de l’armée américaine remporté par Airbus mais que Boeing veut récupérer. On verra le choix national, assez probable, ou pas. Pour revenir à la finance internationale, il semble que Barack Obama ne sera pas à ce sommet présidé par Georges Bush et demandé par Nicolas Sarkozy. Il est quand même prié d’apporter ses idées et donc oui ce sera un test. Barack Obama est plus ouvert que Bush, il a dénoncé depuis longtemps les excès de Wall Street qui ont conduit à la catastrophe actuelle. Mais il faut faire attention aux malentendus. Ce n’est pas un ultra-libéral, mais certainement pas un anti-libéral, c’est plutôt un néo-libéral. Si les Français, si les Européens croient à une sorte d’ONU de la finance, un Bretton Woods bis, ils se font des illusions. Les Européens peuvent-ils le convaincre de partager avec eux les décisions dans ce domaine et dans d’autres ? Hubert Védrine, l’ancien ministre des affaires étrangères, dans « Les Echos » ce matin, dit quelque chose d’assez clair là-dessus. Pour lui, les Européens ont une fenêtre de tir de quelques mois seulement pour faire entendre leur point de vue à Barack Obama, d’ici le printemps. Après, il sera rattrapé par la fonction et le principe de l’Amérique d’abord. Encore faudrait-il que les Européens soient d’accord entre eux. Ce qui n’est pas le cas sur le sommet du 15 novembre. Mardi, les Français ont présenté une dizaine de propositions précises sur la transparence des marchés, les agences de notation, la régulation au sens large. Les Allemands et les Anglais les ont repoussées un peu de haut, en les jugeant trop précises, trop contraignantes, trop françaises. Si les Européens ne se mettent pas d’accord entre eux, il y a peu de chances qu’ils convainquent Barack Obama. Ils doivent donc à court terme compter sur leurs propres forces. Mais comme ils ne sont pas d’accord pour soutenir l’activité ensemble parce que la situation des budgets est très différente d’un pays à l’autre, le premier sur lequel ils peuvent compter ce n’est pas Obama, c’est Jean-Claude Trichet, le patron de la Banque centrale européenne. On attend qu’il baisse à midi aujourd’hui assez nettement les taux d’intérêt, ce qui fera une baisse d’un point ou plus en un mois. C’est ironique mais c’est lui qui dira : Yes, I can !

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.