Le gouvernement va annoncer aujourd'hui des mesures pour renforcer la compétitivité des entreprises après le rapport Gallois. Que retenez-vous de ce processus ?

Une crainte et un espoir. Commençons par la crainte : c'est le système que veut mettre en place le gouvernement pour réduire le coût du travail. Les experts en débattent déjà: un crédit d'impôt qui va se traduire par une baisse des cotisations sociales sur les salaires compris entre 1,6 et

2,5 smic à condition que l'emploi soit maintenu en France, financé par une hausse de TVA de 0,4% et des économies budgétaires.

J'arrête là, vous avez compris : le gouvernement construit une nouvelle usine à gaz. Le but est simple, donner de l'argent aux seules entreprises qui en ont vraiment besoin pour se renforcer. Mais le système sera beaucoup trop compliqué. Les entreprises qui s'en serviront seront surtout celles qui ont les moyens d'employer une armée de gratte-subventions. Il faudra que le gouvernement comprenne un jour qu'une mesure de politique économique doit être simple pour avoir une chance de réussir.

Pour l'inquiétude, on a compris. Et pour l'espoir ?

C'est la deuxième proposition Gallois, qui aborde une question majeure oubliée dans tous les rapports déjà consacrée à la compétitivité de la maison France. Je la lis : « introduire dans les conseils d’administration des entreprises de plus de 5.000 salariés, au moins quatre représentants des salariés, sans dépasser le tiers des membres, avec voix délibérative. »

Autrement dit, ça reviendrait à donner le quart ou le tiers des droits de vote aux salariés dans le cœur du pouvoir de l'entreprise, là où se décide la stratégie de l'entreprise et la rémunération des dirigeants.

Mais c'est inacceptable pour les chefs d'entreprise !

Je vous rappelle d'abord que Louis Gallois a été un chef d'entreprise.

Je pourrais aussi vous confier que cette idée lui a été glissée par l'ancien patron d'une autre très grande entreprise française, qui travaille dessus depuis des mois. Enfin et surtout, ça n'a rien d'une idée neuve en Europe. En Autriche, dans les pays de l'Est, dans les pays nordiques, on retrouve ce seuil d'un tiers. En Allemagne, qui est LE modèle de référence des patrons français en ce moment, cette règle s'applique dès qu'une entreprise fait non pas 5.000 salariés, mais 500 – dix fois moins. Quand une entreprise dépasse les 2.000 salariés, la moitié du conseil représente

le travail et l'autre moitié le capital, qui garde une voix prépondérante en cas d'égalité. Et toujours en Allemagne, des dirigeants de grandes entreprises, comme Volkswagen, disent haut et fort que ce système explique leur performance industrielle.

Quel est l'intérêt d'avoir des salariés qui votent au conseil d'administration ?

Tout simplement d'avoir enfin des partenaires sociaux responsables, car ils ont toutes les cartes en main pour comprendre les enjeux de l'entreprise. Il devient par exemple difficile de rejeter une fermeture d'usine sans rien lâcher sur les salaires. Cela passe évidemment par l'émergence d'une nouvelle génération de syndicalistes plus responsables. Autant dire que cette proposition inquiète en réalité autant la plupart des syndicats que les patrons. Mais de toute façon, dans l'entreprise du XXIe siècle, un nouveau partage des pouvoirs est nécessaire.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.