Commençons par les bonnes nouvelles. La zone euro sort de la récession, avec plus de 1% de croissance attendue l’an prochain. Pour la France, Bruxelles arrive au même chiffre à la virgule près que le gouvernement, 0,9% - cela veut dire qu’il, le gouvernement, a été plutôt sérieux sur ce point. Autre point positif : des déséquilibres commencent à se résorber. L’Espagne, le Portugal ont amélioré leur compétitivité et leurs réformes commencent à se voir, le chômage va commencer à baisser. Voilà les bonnes nouvelles. Si on regarde maintenant les moins bonnes, ce qui frappe, c’est la divergence franco-allemande, avec des mauvais points pour Paris mais aussi – et c’est nouveau - Berlin.La situation française est marquée par trois déficits. Le plus net, celui qui fait le plus mal, c’est celui de l’emploi. Bruxelles ne voit pas, hélas, la courbe du chômage s’inverser avant 2015 ! La croissance est trop molle. Le deuxième déficit, c’est celui de la balance commerciale, toujours élevé. Et le troisième, c’est le déficit des comptes publics. Il dépasse cette année 4% du PIB. Quand on entend ça, on a raison de se dire : tout ça pour cela, tant de hausses d’impôt pour ce résultat ! On reste au fond de la classe européenne, près du radiateur, avec les troisièmes dépenses publiques les plus élevées des Vingt-Huit. Et Bruxelles ne croit pas que cela ira beaucoup mieux en 2015. On peut gloser à l’infini sur les vertus de la relance, du stop and go, de l’austérité, tout cela n’est pas glorieux.L’Allemagne récolte aussi un pan sur le bec ! En face de nos trois déficits, l’Allemagne aligne, elle, trois excédents. Un excédent budgétaire, seul pays dans ce cas. Un excédent ou presque sur l’emploi, avec un taux de chômage proche du plein emploi, la moitié du nôtre ! Et un excédent commercial. Mais cet excédent-là est désormais critiqué de partout tellement il est important : près de 200 milliards d’euros par an. Les Etats-Unis, le FMI et maintenant Bruxelles, considèrent que l’Allemagne fait tourner ses usines non pas avec ce que les Allemands achètent, mais avec nos consommateurs, bref qu’elle « pique » la croissance de ses voisins. Ils ont raison. Certes, difficile de demander au champion du 100 mètres de ralentir s’il est le meilleur ; mais l’Allemagne, qui a promis de freiner pour arriver groupé, ne le fait pas. En clair, elle devrait augmenter ses salaires chez elle pour relever sa demande intérieure. Résumons : Paris doit combler son déficit de réformes et Berlin jouer moins perso.Ce grand-écart Paris-Berlin bloque l’Europe ? Oui. Le problème n’est pas seulement économique mais politique et psychologique. Les deux pays ne se parlent pas, ils se regardent en chiens de faïence. Paris a parié sur la défaite de Merkel, perdu, tandis qu’une partie de la gauche est germanophobe. Berlin, de son côté, regarde Paris de haut. Il faut d’urgence démentir la formule prêtée à Sarkozy : l’Allemagne sans la France fait peur ; la France sans l’Allemagne fait rire. Chacun, d’urgence, doit faire des efforts.

Pour aller + loin

> Bruxelles valide la prévision de croissance du gouvernement

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