Ce matin : l’affaire des carburants, un exemple parfait des difficultés et de l’ambiguïté de l’action publique.

Les automobilistes estiment que les taxes ponctionnent déjà 60 % du prix des carburants
Les automobilistes estiment que les taxes ponctionnent déjà 60 % du prix des carburants © AFP / Philippe Huguen

Emmanuel Macron et le gouvernement travaillent -le président l'a confirmé ce mardi matin- à des mesures pour atténuer la colère des automobilistes mais le premier point à rappeler est que chacun des deux camps a des arguments solides. 

-Les pouvoirs publics constatent que le transport routier représente un tiers des émissions de CO2 et que c’est le seul secteur où elles ne baissent pas. Du coup, comme avec le tabac, ils cherchent à jouer sur l’effet-prix pour les décourager.

A leurs yeux, c’est le moment de vérité de la cohérence environnementale. 

-Les automobilistes, eux, estiment que les taxes ponctionnent déjà 60 % du prix des carburants, que c’est un racket remis au goût du jour avec l’alibi du climat, et que c’est insupportable pour ceux qui n’ont pas d’autre choix que la voiture. Se rajoute une protestation implicite : l’ISF a été supprimé, mais on fait les poches des Français modestes. 

Eh bien, les deux camps ont raison. Mais à partir de là, que faire ? 

En réalité, c’est un conflit classique politico-économique entre le court et le long terme, et entre macro-économie et micro-économie. 

Oui, globalement, le pouvoir d’achat des Français augmente, avec la hausse du salaire net à partir d’octobre et la baisse de la taxe d’habitation. Mais çà ne passe pas parce qu’il est facile de trouver des exemples de perdants, et en plus c’est très médiatique. Le dentifrice est quasi-impossible à faire rentrer dans le tube, ou plutôt le portefeuille dans le réservoir.

La vidéo de Jacline Mouraud aura toujours plus de succès que la réponse d’Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’État. C’est ainsi que tous les gouvernements perdent la bataille du pouvoir d’achat. 

S’y ajoute un deuxième conflit, temporel cette fois. Oui, la place de la voiture carbonée doit reculer mais à très court terme, c’est inaudible et le gouvernement, celui-là comme les autres, va devoir bricoler une usine à gaz pour calmer la douleur.  

Comment peut-il en sortir par le haut ?  

Ce sera difficile, cela dépendra du mouvement du 17 novembre qui produira de belles images de gilets jaunes. Le pire serait pour Macron de renoncer, mais il doit élargir ses mesures de compensations, dire mieux où va l’argent et surtout ... 

... prier pour le prix du pétrole redescende. Le baril de brent cotait à 73 dollars mardi soir à Londres, 7 de moins en dix jours, mais 20 dollars au-dessus de ce qu’avait escompté le gouvernement. 

Parfois, les barils, eux aussi, volent en escadrilles !

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.