L’édito éco de Dominique Seux, du quotidien « Les Echos ». Week-end encore chargé sur le front de la crise financière. Un week-end au cours duquel les Français ont été en première ligne. On a vu qu’eux ou presque. Dominique Strauss-Kahn, le directeur général du Fond Monétaire International, venu à Paris rencontrer Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy a présidé le mini-sommet, plutôt réussi d’ailleurs, de l’Elysée avec l’Allemagne, la Grande-Bretagne, l’Italie, le président de la Commission de Bruxelles et le président de la BCE, Jean-Claude Trichet, un autre Français bien sûr. Et puis, on ne l’a pas beaucoup vu, mais deux autres Français ont été au cœur des événements cette nuit. Ce sont Michel Pébereau et Baudouin Prot, respectivement président et patron opérationnel de BNP-Paribas qui, vers 23 heures, ont annoncé le quasi-rachat de la banque belgo-néerlando-luxembourgeoise Fortis. Alors, cette banque ne dit peut-être pas grand-chose aux auditeurs, mais BNP Paribas va mettre la main sur plus de 1.000 agences et 3 millions de clients en Belgique et au Luxembourg. L’opération a été possible parce que la banque, qui n’allait pas très bien, a été nationalisée la semaine dernière par les Etats du Benelux avant d’être revendue au moins en partie. En gros, la banque française devient la première banque de Belgique et la première banque de dépôts en Europe. Elle profite en quelque sorte de la crise. Cela montre en tous cas qu’il y a de bonnes affaires à faire quand les cartes sont rebattues un peu partout. On ne parle que du plan Paulson, des inquiétudes des marchés et des faillites, mais pendant la crise, le business continue. Aux Etats-Unis, des établissements prestigieux ont changé de mains. Merill Lynch a été reprise par Bank of America, par exemple, le milliardaire Warren Buffet a fait des investissements dans Goldman Sachs. Mais pour en revenir à BNP-Paribas, la banque, gérée sagement, donnait l’impression depuis des années de passer à côté de tous les investissements alors que tous les autres acteurs bougeaient. Cette opération a toutes les apparences d’une bonne opération. Mais elle se fait aux conditions nouvelles nées de la crise : l’Etat belge va devenir le premier actionnaire de la plus grande banque française, avec un peu plus de 10% du capital et il y aura des représentants de l’Etat belge à son conseil d’administration. Ce qui est un clin d’œil de l’histoire : BNP a été parmi les premières banques privatisées, en 1993. Les banques françaises s’en tirent-elles bien dans la crise ? Il ne faut jurer de rien dans un pays qui peut accoucher de l’affaire Kerviel, et puis ce qui se passe en Allemagne montre que la plus extrême prudence est nécessaire. On imaginait notre voisin assez immunisé contre les subprimes et voilà qu’il a fallu que les pouvoirs publics passent une nouvelle journée, hier, et presque toute la nuit au chevet de la 4ème banque privée du pays, Hypo Real Estate, HRE. Il a fallu aussi qu’Angela Merckel annonce solennellement que tous les épargnants seraient protégés. Pour l’instant, ici, il a fallu sauver Dexia. Natixis, la filiale des Banques populaires et des caisses d’épargne est extrêmement fragile et basse en bourse mais c’est tout. En Grande-Bretagne, il y a deux nationalisations, en Suisse, UBS a dû réaliser une augmentation de capital et Unicredit en Italie aussi, cela a été annoncé dans la nuit encore. Donc prudence, mais pour l’instant, il n’y a pas de quoi rougir.

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