**L’Assemblée générale du Fonds monétaire international, le FMI, a lieu en ce moment à Istanbul.C’est l’occasion de dresser le bilan de Dominique Strauss Kahn, à la tête de cette organisation de 186 pays. Autant le dire tout de suite, ce bilan est bon. Quand il a été élu à ce poste à l’automne 2007 sur proposition de Nicolas Sarkozy, tout le monde y a vu l’exfiltration d’un concurrent politique dangereux. Deux ans après, DSK s’attire les louanges de tout le monde, y compris ce week-end du quotidien britannique des affaires « Financial Times », qui n’adore pas les Français … Il y a ce qu’on savait de lui : son aisance, des facilités évidentes. Mais il y a aussi ce qu’on a découvert : il n’est pas le dilettante que l’on imagine parfois, et il a donné un rôle clé au FMI pendant la crise. Ça, c’est la forme, venons-en au fond.Le fond, c’est d’abord le rôle de vigie du FMI sur l’économie mondiale. Dominique Strauss Kahn a vu la crise de loin. Dès le printemps 2008, six mois avant la faillite de Lehman Brothers, il était très pessimiste et a commencé à évaluer tout ce qui était pourri dans le bilan des banques. Il a, surtout, appelé à une relance budgétaire mondiale pour éviter que la crise cardiaque devienne un arrêt cardiaque définitif. Au départ, cela a fait un flop… mais tout le monde a suivi, avec des enveloppes considérables. Lesquelles, mais c’est une autre histoire, font pousser des montagnes de dettes publiques. Autre bonne intuition, DSK a cru dans l’efficacité du plan de relance chinois. Même bonne note sur l’action du FMI lui-même?Depuis dix ans, sa cote de popularité était au plus bas, les Etats du Sud refusant les remèdes de cheval qui allaient avec l’aide. Bref, le FMI était au chômage technique. La crise a tout changé et il a aidé l’Islande, la Biélorussie, le Pakistan, l’Ukraine, la Hongrie, la Pologne. Au total, plus de 150 milliards de dollars ont été mis sur la table. Et il disposera bientôt de 500 milliards de dollars supplémentaires. Et le FMI se réforme…Dominique Strauss Kahn est en train de mettre en œuvre une réforme dont on parle depuis vingt ans, qui consiste à donner dans les instances du FMI plus de place aux pays émergents, comme la Chine. Là, cela se fait au détriment de l’Europe sans que Washington perde son droit de veto. Mais c’est un moyen de mettre l’Asie devant ses responsabilités mondiales. Un bilan globalement positif donc ?On peut chipoter sur le fait que le FMI noircit peut-être le tableau, aujourd’hui il affirme par exemple qu’il reste 1.500 milliards de dollars d’actifs toxiques dans les banques. Mais au total, sa voix porte. Evidemment, en France, tous ces compliments sont suspects s’ils sont lus avec la grille des courants du parti socialiste. Donc, je le précise : il n’y a pas d’arrière pensée dans cette chronique. Cela étant, deux choses sont sûres. Un : les concurrents de DSK au PS, qui ont ricané quand il est parti à Washington, au cœur du monde capitaliste, ricanent moins aujourd’hui. Deux : Dominique Strauss Kahn ne sera écouté en France que si l’opinion est convaincue que le système économique a un peu changé. C’est le revers exigeant de la médaille brillante du FMI.**

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