Vous commentez ce matin un anniversaire : les 70 ans de la sécurité sociale.

La sécurité sociale a effectivement été créée début octobre 1945 par le Général de gaulle. Quel bilan ? Si on veut avancer un paradoxe, on peut dire qu’elle a trop bien réussi et qu’il en découle un -ou plutôt deux- gros échecs, et je ne pense pas seulement aux déficits qui se sont accumulés. La Sécu a certainement réussi sur les objectifs qui lui ont été fixés : la santé des Français a été améliorée, les retraites sont assurées, notamment le niveau de vie des « petits » retraités. Et la politique familiale a été efficace pour aider la natalité alors que l’angoisse de l’entre deux guerre était bien le déclin démographique. Elle a réussi parce que la période de croissance a permis d’étendre des droits, la dernière grande avancée sociale (positive) étant la couverture maladie universelle pour les plus démunis. Mais ce succès pour les bénéficiaires de ces droits s’est payé à un prix très élevé. Peut-être, sans doute, trop élevé pour l’économie. Il y a les déficits récurrents et scandaleux puisque l’on demande aux générations suivantes (selon la formule usée jusqu’à la corde mais juste) de financer nos dépenses courantes, de santé par exemple. Il y a aussi voire surtout le fait que le financement de la sécurité sociale se traduit par un niveau de prélèvements qui a considérablement augmenté depuis des années et qui est plus élevé qu’ailleurs. Ce sont des prélèvements sur le secteur productif, sur les entreprises, le commerce, les artisans, les PME, c’est la question du coût du travail. On peut regarder orgueilleusement et benoîtement les acquis de la sécu, mais interrogeons-nous sur les conséquences en termes d’activité, voire de chômage. Bref, pour parler en économiste, nous sommes entrés dans une période de rendement décroissant des progrès de la Sécu, qui se payent cher ailleurs ?

Et le bilan politique ?

C’est l’échec de la social-démocratie à la française. Les adaptations se font dans la douleur et dans le conflit. Et dans la lâcheté collective : par exemple sur les retraites, nos enfants savent qu’avec la fameuse répartition dont nous sommes si fiers, ils n’auront pas grand-chose. Bon anniversaire quand même !

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