Hier soir, Engie a vendu à Veolia sa participation dans Suez, qui refuse cette solution. L'Etta a voté contre mais n'a pas été suivi.

Veolia/Engie : une bataille qui va prendre fin ?
Veolia/Engie : une bataille qui va prendre fin ? © AFP / ERIC PIERMONT, KENZO TRIBOUILLARD

C’est la troisième chronique en trois semaines sur cette opération d’une grande complexité, et la question qui se pose est : pourquoi ? Eh bien parce qu’elle concerne beaucoup de salariés, beaucoup de collectivités locales, beaucoup de clients pour la distribution d’eau et la gestion des déchets, et qu’elle met en scène ce que l’on appelle le monde des affaires

Veolia contrôle désormais 30% du capital de Suez, Suez dont les dirigeants ne voulaient pas de cette issue, et il y a maintenant trois cas de figure pour la suite : 

  • les entreprises trouvent un arrangement, 
  • ou une longue guerre juridique commence, 
  • ou Veolia lance une OPA sur le reste du capital dans six mois. 

Hier soir, l'énorme surprise est venue du fait que les représentants de l’Etat au capital d’Engie ont voté contre l’opération, et ils ont perdu au vote – ce qui est un cas presque sans précédent. Trois heures avant, Bruno Le Maire essayait encore au téléphone de rabibocher tous les protagonistes, en vain. L’État n’a que 24% d’Engie, ce n’est pas assez – et du coup franchement on se demande à quoi sert cette participation. Il y a deux ans, l’État avait bloqué la fusion Renault-Fiat (qui a fusionné avec PSA finalement), mais cette fois il n’a pas réussi à obtenir que l’opération Engie-Veolia-Suez se fasse à l’amiable. C'est une humiliation -sauf si l'Etat souhaitait en réalité que l'opération se fasse tout en faisant connaître son mécontentement (complément ajouté ce mardi, NDLR. 

Pour le reste, Jean-Pierre Clamadieu (Engie), a ce qu’il voulait : du cash pour investir. Il est habile : hier, les administrateurs salariés CFDT sont sortis opportunément de la salle au moment du vote, ce qui a consolidé le vote en faveur de l’opération. Veolia (c’est Antoine Frérot) a réussi son coup, mais racheter une entreprise hostile ne va pas être une partie de plaisir. Lui aussi est habile : il a obtenu la neutralité de François Baroin, le patron des maires de France. Suez est le perdant, mais ses dirigeants ont mal joué. 

Et au-delà ? 

Au-delà des débats sur l’intérêt du démantèlement de Suez pour faire grossir Veolia à l’international, ce qui frappe, c’est la violence de la bataille pendant cinq semaines au sein du capitalisme français. Une violence qui s’explique aussi par une réalité : les principaux acteurs sur scène ou en coulisses se connaissent, s’aiment ou se haïssent parfois depuis des dizaines d’années et cela a joué. 

Outre ceux déjà cités : Gérard Mestrallet, Henri Proglio, Jean-Marie Messier, Anne Lauvergeon, Philippe Varin, Isabelle Kocher et d’autres encore. Le capitalisme français a besoin d’air.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter